INTERVIEW - Selon Alexander Law, la situation de quasi-récession de la France commence à peser sur l'emploi...
Laurent Wauquiez a estimé ce vendredi
à «30 à 40.000» le nombre de demandeurs d'emploi supplémentaires à l'ANPE pour le mois d'août. Le secrétaire d'Etat à l'Emploi confirmait une information
donnée par Rue89 jeudi, selon lequel «ce serait le pire chiffre mensuel depuis mars 1993».
En comparaison, le nombre de chômeurs inscrits à l'ANPE en catégorie 1 avait enregistré une hausse mensuelle de 2.100 demandeurs d'emplois en juillet, portant à 1,9 million le nombre de chômeurs. Alors que les chiffres officiels de l'ANPE doivent être publiés lundi, Laurent Wauquiez annoncé la réunion d'une «cellule de crise» ce jour-là avec l'ensemble des services concernés par l'emploi.
20minutes.fr a demandé à Alexander Law, économiste à l'institut Xerfi, de commenter cette hausse.
Cette soudaine augmentation du nombre du nombre de demandeurs d'emplois était-elle prévisible?
Oui, il fallait s'y attendre. Même si le mois d'août est connu pour ses variations saisonnières, cette hausse est une conséquence directe de la situation de quasi-récession dans laquelle se trouve la France. Pour la première fois depuis cinq ans, l'économie française a détruit plus d'emplois qu'elle n'en a créés au deuxième trimestre 2008.
L'effet sur l'emploi est aussi immédiat?
Oui. C'est l'une des premières variables d'ajustement des entreprises. Et là, elles mettent le frein à main car elles n'ont aucune visibilité sur la suite. La conjoncture est notamment très mauvaise dans la construction, frappée par la crise immobilière. Or, ce secteur a été l'un des fers de lance des créations d'emplois.
Le chômage va donc continuer à remonter?
Il faut s'attendre à ce que le taux atteigne les 8% en décembre (contre 7,2% actuellement). Mais la récession sera sans doute courte et peu profonde. La situation de la France est moins critique qu'aux Etats-Unis ou chez certains voisins européens comme l'Espagne ou l'Irlande.
Le seul indicateur dans le vert ce mois-ci était le moral des ménages? Comment l'expliquez-vous?
L'enquête a été réalisée début septembre, avant l'annonce de la faillite de Lehman Brothers et d'AIG aux Etats-Unis et la crise sur les marchés boursiers qui s'en est suivie. Tout cela est très anxiogène mais les Français ont été interrogés à un moment où la désinflation des matières premières commençait à se faire sentir, avec la baisse du prix à la pompe notamment. L'enquête du mois d'octobre risque d'être beaucoup moins positive.
Recueilli par Catherine Fournier