ECONOMIE - La solution du plan de sauvetage américain contredit l'idéologie du «laisser faire»...
Est-ce la fin d’une ère? Dans les prochains jours, le Congrès américain devrait adopter
un plan de sauvetage de 700 milliards d’euros. Une mesure qui semble remettre en question le fondement même de la société américaine: le fameux «laisser faire» et la libre entreprise.
«C’est la fin d’un certain système», déclare à 20 minutes.fr Eric Heyer, directeur adjoint à
l’OFCE (Centre de recherche en économie de Sciences-Po). Il y aura sans doute un avant et un après la crise financière. Les Américains se rendent compte qu’ils sont allés trop loin.» «Ce genre de pratique a déjà eu cours», relativise Pierre-Olivier Drai, directeur du
Centre d’études transatlantiques, estimant que ce plan de sauvetage ne constitue pas un changement idéologique des Etats-Unis.
Un interventionnisme conjoncturel
Jusqu’à aujourd’hui, l’Etat américain a eu tendance à attendre qu’une crise se produise pour intervenir. «Il y a toujours eu beaucoup d’interventionnisme américain. Mais il est conjoncturel», explique Eric Heyer. En témoigne l’allocution télévisée de Georges Bush consacrée à la crise financière: «Sans action immédiate du Congrès, l'Amérique pourrait glisser dans une panique financière et un scénario douloureux», a expliqué le président américain. Mais il a tenu à préciser qu’il était «un fervent partisan de la libre entreprise» et que son «instinct naturel» était de s'«opposer à une intervention du gouvernement». Et d’ajouter: «Dans des circonstances normales, j'aurais suivi cette inclinaison. Mais nous ne sommes pas dans des circonstances normales.»
Ainsi, ce qui pourrait changer est l’instauration d’un modèle de régulation, plus préventif. «Le système anglo-saxon pourrait davantage se rapprocher du système européen, sans toutefois l’atteindre», précise Eric Heyer.
La fin d’une culture de crédit
A défaut d’être la fin du modèle économique, c’est peut-être «la fin d'une culture du crédit, celle du LBO (Leverage Buy-Out: achat totalement à crédit) généralisé à toute l'économie», analyse Bernard Gourion, économiste chez Exane BNP-Paribas. Selon lui, ce système n’est pas dangereux en cas de croissance. «Mais depuis le début des années 2000, l'ensemble des ménages ont un taux d'épargne quasi-nul», précise ce dernier. Ils ne sont donc plus capable de rembourser leurs différents emprunts.
Au-delà de ces quelques changements, le libéralisme aux Etats-Unis devrait rester le modèle dominant. «Le capitalisme, depuis le 17e siècle se refait, de lui-même, à chaque crise. Ce n’est pas la première et ce ne sera pas la dernière», confirme Marc Touati, économiste chez Global Equities.
Difficile cependant, de savoir si ce modèle économique permettra aux Etats-Unis de rester «le cœur marchand». Certains économistes évoquent l’entrée de l’ère multipolaire, où plusieurs puissances cohabitent. Nouriel Roubini, le professeur d’économie à l’université de NewYork qui avait prédit la crise dès 2006 a déclaré au
New York Times: «C’est peut-être le début de la fin de l’empire américain.»
Valérie Zoydo avec C.F