ECONOMIE - Pour les spécialistes, il n'y a pas d'autres options possibles...
George W. Bush parle de scénario catastrophe. Si le plan de sauvetage du Trésor américain n'est pas adopté par le Congrès dans les jours qui viennent, celui qui se présente comme un «fervent partisan de la libre entreprise» a été catégorique mercredi soir: «Davantage de banques pourraient faire faillite, la Bourse pourrait chuter encore plus, ce qui réduirait la valeur de vos retraites, plus d'entreprises pourraient fermer leurs portes et des millions d'Américains perdre leurs emplois (...) et finalement, notre pays pourrait vivre une récession longue et douloureuse».
Malgré tout, l'idée que gouvernement fédéral débourse 700 milliards de dollars pour racheter «les actifs douteux qui encrassent le système financier» divise en plus haut lieu. Les démocrates du Sénat et de la Chambre des représentants, majoritaires, travaillaient mercredi au «rejet» en l'état du plan Paulson (le secrétaire au Trésor, ndlr). Les inquiétudes des élus portent notamment sur les sommes en jeu, qui représentent près de 5% du PIB annuel des Etats-Unis. Et sur le pouvoir énorme que cela conférerait à la personne autorisée à les dépenser, à savoir le secrétaire au Trésor et son successeur lorsque l'administration suivante sera mise en place après les élections, le 20 janvier 2009.
Une opposition pour la forme?
Leur marge de manœuvre semble toutefois limitée. Et leur stratégie d'opposition surtout destinée à «peser» dans un contexte économique qui leur semble plutôt favorable. Si l'on en croit les derniers sondages, la crise financière américaine
semble en effet bénéficier à leur candidat Barack Obama. Leurs exigences portent donc surtout sur la mise en place de gardes fou. Henry Paulson a d'ailleurs déjà accepté d'inclure dans le texte le principe d'un «conseil de surveillance» pour vérifier les dépenses effectuées dans le cadre du plan.
«Les démocrates jouent à un jeu dangereux», estime l'économiste de Global Equities Marc Touati. Selon lui, il n'existe pas d'autre alternative à ce plan pour «sauver le système». «Quoi qu'il arrive, le plan passera, parce que sans cela, la crise financière va devenir une crise économique, comme en 1929, et entraîner tout le monde», ajoute-t-il. Un avis partagé par Nouriel Roubini, professeur d'économie à l'université de New York,
qui affirmait au «New York Times»: «On nationalise les banques ou on nationalise les prêts hypothécaires, sinon tout le monde sera carbonisé.»
«Les Américains ont subi un vrai traumatisme»
Quant à la crainte de voir la dette des Etats-Unis exploser, au détriment des contribuables, Marc Touati est formel: «Ce ne sont pas les Américains qui vont payer de leur poche ces 700 milliards de dollars. Et en admettant que cette somme ne puisse pas du tout être remboursée à l'Etat par les débiteurs (banques, entreprises, ménages...), ce dernier émettra 700 milliards de dollars en bons du Trésor, rachetés à leur tour par des investisseurs étrangers.»
En particulier par la Chine et le Japon.
Malgré tout, «la situation économique réelle ne va pas s'améliorer du jour au lendemain», relativise Olivier Richomme, maître de conférences en civilisation américaine à Lyon-II. «Même si les marchés financiers répondent positivement au vote du plan Paulson, les ménages, eux, continueront à pâtir de la crise», explique-t-il, soulignant que «les Américains ont subi un vrai traumatisme avec la crise des subprimes. Certains ont littéralement été “virés” de leur maison et se retrouvent sans rien.» Une situation qui ne manquera pas de peser dans le scrutin, plan Paulson ou pas.
Catherine Fournier (avec agence)