« Avant, les cadres étaient épuisés, maintenant ils se tournent vers la violence, le sabotage, le suicide. » Lors de ses consultations « Souffrance au travail », la psychologue Marie Pezé * reçoit de nombreux cadres en détresse. En cause, les méthodes de management qui font des ravages chez les salariés, carbonisés à trop en faire, ou en perte de repères. Certains vont jusqu'au suicide, comme ceux survenus au Technocentre Renault à Guyancourt (Yvelines).
« Les entreprises fonctionnent aujourd'hui en mode projet, les salariés doivent le conduire chacun dans son coin sans hiérarchie apparente. On leur vante ce système comme étant une forme d'épanouissement personnel, mais au bout, il y a la solitude, la perte de sens, on ne sait plus pourquoi on travaille », explique les auteurs d'un livre qui met en scène les situations kafkaïennes auxquelles les cadres se retrouvent confrontés (lire ci-dessous).
« Le travail en open space symbolise cette organisation de l'espace où les solidarités disparaissent, où le fait de n'avoir pas de bureau participe de la mise en scène de la précarisation du travail alors que la peur du chômage paralyse », analyse Marie Pezé. Le docteur Bernard Salengro de la CFE-CGC qui sortira prochainement une bande dessinée sur ce thème, note une évolution inquiétante : « Selon une étude allemande, le présentéisme coûte désormais plus cher que l'absentéisme, car les cadres passent la moitié de leur temps à surveiller leurs arrières ou à se défendre, et pas à faire leur travail. Il faut que le stress soit reconnu comme une maladie professionnelle, qu'il se traduise sous forme de bonus-malus pour les entreprises. Le bonus pour celles qui tiennent compte du facteur humain. »