« Je vais demander à nos collègues à travers le monde de concevoir des programmes similaires pour leurs banques et leurs institutions financières quand c'est opportun », a déclaré hier Henry Paulson, le secrétaire américain au Trésor. Apôtres du libéralisme économique en temps normal, les Etats-Unis prêchent désormais l'interventionnisme avec la même ferveur. Alors que presque tous les Américains ont un pied en Bourse, à titre individuel ou par le biais d'un fonds de pension, le plan Paulson entend « faire une vraie différence et aller au coeur du problème » dans l'intérêt de tous. Mais si le candidat républicain à la succession de Bush, John McCain, a applaudi un plan d'attaque contre « l'imprudence, la corruption et la cupidité débridée », le plus grand sauvetage d'entreprises privées sur fonds publics a aussi déchaîné la critique.
« Bienvenue dans l'Union des républiques socialistes d'Amérique », a ironisé l'économiste Nouriel Robini, qui avait prédit la crise immobilière et financière dès 2006. De son côté, le candidat démocrate à la présidentielle Barack Obama exigeait des mesures immédiates pour « l'homme de la rue», notamment les ménages menacés d'expulsion. Ce projet est « monstrueux » parce qu'on « colle au contribuable les placements à risques » dont aucun investisseur privé ne veut, s'est également indigné le Nobel d'économie Joseph Stiglitz. Enfin, l'efficacité du plan suscite le scepticisme. « Il n'y a rien pour faire le ménage dans les pratiques bancaires », a regretté Peter Morici, de l'université du Maryland. Un sentiment partagé en Europe. « On redécouvre qu'on a besoin des gouvernements », glisse le chef de file des ministres des Finances de la zone euro, Jean-Claude Juncker, tandis que la chancelière allemande, Angela Merkel, rappelle que les marchés ont toujours refusé davantage de réglementation, avec la bénédiction des Etats-Unis et de la Grande-Bretagne.
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