DECRYPTAGE - Alors que les banques évaluent leurs pertes potentielles, l'immobilier et la croissance vont aussi être affectés...
La crise financière ne connaît pas de frontières et la France va essuyer sa part de pertes. Tour d’horizon.
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Les banques risquent-elles la faillite?
Les banques françaises subissent déjà les effets de la faillite de Lehman Brothers. Elles ont chiffré leur exposition à la banque d’affaire américaine à plusieurs millions d’euros: 405 millions pour BNP Paribas, 479 millions pour la Société générale, 376 millions pour Natixis et 270 millions pour le Crédit agricole. Dexias, groupe financier franco-belge, a investi 2,3 milliards d’euros mais une partie (1,8 milliard) est garantie par des actifs que Lehman lui a apportés en gage et qui la protège en cas de défaillance de la banque américaine. Même filet de sécurité pour Naxitis, à hauteur de 267 millions d’euros.
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«Une exposition est toujours difficile à chiffrer et les banques, qui ont fourni ces chiffres à un temps T, ne savent pas exactement jusqu’où elles sont exposées dans cette crise, explique Eric Heyer, directeur adjoint du département analyse et prévision de l’
OFCE. Les banques françaises sont plus solides car elles exercent surtout une activité de détail (épargne, retraite…), qui leur garantit un socle de liquidités, et non de finance, comme les établissements anglo-saxons.» Selon lui, malgré la crise de liquidités à laquelle les banques mondiales sont toutes exposées, car elles se prêtent moins ou à des taux très élevés, les établissements français ne seront pas aussi «asséchées» qu’aux Etats-Unis. Quant à une éventuelle faillite, l’économiste n’y croit pas. «Le risque est proche de 0 car si on se réfère à leurs bilans annuels, malgré leurs pertes, il reste positif. Et les autorités monétaires, BCE et Banque de France, sauveront les banques de détail», affirme-t-il. Au 31 juillet 2008, la Banque de France disposait d’une réserve de plus de
100 milliards d’euros.
Le repli de l’immobilier, bientôt une réalité?
Le tassement observé depuis plusieurs mois devrait se muer en repli. «Depuis 2005, le rendement locatif est moins intéressant et une correction nécessaire du marché est à prévoir, de l’ordre de 10% environ, souligne Eric Heyer. Mais rien à voir avec la bulle de l’immobilier aux Etats-Unis.» Ce qui est sûr, c’est que les conditions de crédits vont se durcir pour les particuliers et les entreprises. Ce qui entraînera une baisse des transactions, donc des prix.
Allons-nous subir une récession?
L’économie française est soumise à quatre contraintes: l’envolée des prix des matières premières (brut et denrées alimentaires), la crise de l’immobilier, la crise financière et l’appréciation de l’euro. «En 2008, l’envolée des prix a enlevé un point à la croissance, pointe Eric Heyer. En 2009, le problème ne sera plus celui du pouvoir d’achat mais de l’endettement des ménages.» Selon lui, la crise financière et la crise immobilière ôteront respectivement 0,9 et 0,7 point à la croissance l’an prochain. L’OFCE table donc sur une croissance de 1% en 2008, même punition en 2009. Il n’y a cependant pas de décrochage français à craindre, l’ensemble des pays européens étant touchés. Pas de récession au sens strict du terme non plus (deux trimestre de croissance négative d’affilée). «Mais la richesse par tête va baisser», prévient l’économiste.
Sandrine Cochard