INTERVIEW - Christine Rifflart, économiste spécialiste des Etats -Unis, explique le bouleversement que connaît le système financier américain...
Lehman Brothers, 4e banque d’affaire américaine, est en faillite. Il s’agit de la troisième grande banque à subir de plein fouet la crise des subprimes, qui a entièrement remodelé le paysage bancaire américain. Le point avec Christine Rifflart, économiste spécialiste des Etats-Unis à l’OFCE.
Après les rachats de Bear Stearns, en mars, et de Merrill Lynch, dimanche, c’est au tour de Lehman Brothers d’annoncer qu’elle est en difficulté. Sur les cinq grandes banques d’investissement américaines, il n’en reste que deux à avoir résisté à la crise, Goldman Sachs et Morgan Stanley. Assistons-nous à une restructuration du système financier américain?
Oui. Cette restructuration, conséquence directe de la crise financière, a commencé l’an passé et se confirme aujourd’hui. Nous sommes partis d’un ajustement nécessaire à un ajustement violent et incontrôlable: aujourd’hui, même des organismes aux titres solides sont fragilisés. Je pense néanmoins que le système monétaire américain va retrouver une activité normale et que d’autres banques vont se hisser au niveau de Goldman Sachs et Morgan Stanley. Il est probable que les banques vont chercher à se préserver en se spécialisant sur les segments financiers moins dangereux. Quant à l’Etat américain, qui apporte une aide ponctuelle, il ne peut se substituer au marché. Les banques doivent donc trouver des financements privés pour s’en sortir.
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D’autres géants de la finance sont-ils menacés de faillite?
C’est difficile à anticiper mais il est probable que Lehman Brothers ne sera pas la dernière à sombrer. Plusieurs banques européennes ont investi dans les subprimes. Par ailleurs, l’onde de choc de la crise est telle qu’elle touche également les banques qui ne détiennent pas de titres subprimes. La situation reste donc extrêmement fragile car nous sommes dans une période d’assainissement qui n’est pas encore finie.
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Quand la crise sera-t-elle résorbée?
Tant que les banques ne trouvent pas de prêteurs, elles seront aspirées vers le bas. Or, les banques européennes sont réticentes à acheter en ce moment. Il est difficile de savoir jusqu’où cette crise peut aller puisque même les établissements solides, comme Lehman Brothers, font faillite. Il y a un problème de transparence: les banques elles-mêmes redécouvrent les risques énormes qu’elles ont pris.
Une récession mondiale est-elle envisageable?
Nous avons exclu cette possibilité car les marchés financiers ne se dirigent pas vers une catastrophe mondiale. Aux Etats-Unis, le
plan de relance proposé en janvier est efficace. Pour enrayer la crise, il est nécessaire de stopper le phénomène de contagion à d’autres marchés financiers et de relancer la confiance des investisseurs. Pour les banques, cela signifie provisionner ses pertes (les renflouer, ndlr) pour apparaître comme un établissement solide.
Propos recueillis par Sandrine Cochard