«La crise semble avoir atteint une ampleur sans précédent»

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Publié le 15 septembre 2008.

INTERVIEW - Christophe Blot, économiste à l'OFCE, analyse les conséquences de la faillite de Lehman Brothers...

Lehman Brothers, 4e banque d’affaire américaine, est en faillite. Une annonce qui affole les bourses et fait resurgir le spectre d’une récession mondiale. Le point avec Christophe Blot, économiste à l’OFCE.

Que signifie la faillite d’un établissement comme Lehman Brothers?
C’est un élément retentissant: cela signifie que la crise financière touche désormais des établissements de premier plan. Au moment de la crise des subprimes, les banques avaient révélé le plus gros de leurs pertes. La nouveauté est que ces établissements enregistrent toujours des pertes. Le marché financier subit toujours les conséquences de la crise, conséquences que nous avons pu observer ces derniers mois, notamment avec le rachat de Bear Stearns, en mars. La crise semble avoir atteint une ampleur sans précédent.

A quelles répercussions sur le marché mondial devons-nous nous attendre?
Tout dépend de l’implication des banques sur le marché des subprimes, dit des produits structurés. Les établissements qui ont beaucoup investi sur ce marché, c’est-à-dire qui ont prêté de l’argent, seront fragilisés car ils se verront dans l’impossibilité de recouvrir leurs dettes. Il faut bien comprendre que c’est aujourd’hui tout un pan de l’activité boursière qui s’effondre. Et les banques de la zone euro qui ont beaucoup investi sur le marché des subprimes, comme la Deutsche Bank par exemple, ne seront pas protégées par la valeur de notre devise. Les banques françaises comme la Société générale, Natixis ou le Crédit Agricole, via sa filiale Calyon, sont également exposées.

Cela signifie-t-il que la France doit se préparer à une période de récession?
Il est difficile de le prévoir mais la fin de l’année 2008 sera moins florissante qu’annoncé. Il faudra sans doute compter sur une croissance autour de 1% pour les prévisions optimistes. La croissance française était négative au deuxième trimestre, un mauvais résultat qui résulte en partie de la crise des subprimes. Il est cependant trop tôt pour parler de récession au sens propre du terme, c’est-à-dire deux trimestres d’affilée de croissance négative.

Le marché immobilier français se tasse également. Cela peut jouer sur la consommation des ménages qui, face à leur patrimoine amoindri, préfèreront modérer leurs achats. Ce tassement de l’immobilier peut également pousser les banques à fermer les vannes du crédit afin de se préserver en ne finançant pas de projets fragiles. Avec le risque d’assécher la consommation et d’handicaper la croissance.

Que conseillez-vous aux petits porteurs?
Il est très difficile de prévoir les réactions de la bourse. En période difficile, il est toujours conseillé de faire le dos rond et attendre que les marchés se calment, surtout si on a acheté des titres au plus haut. Pour les personnes qui ont un besoin immédiat de liquidités, je leur conseillerais de vendre, malgré les pertes qu’elles risquent de subir.
Propos recueillis par Sandrine Cochard
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