Autre victime de la crise financière et d'une croissance en berne: l'investissement en logement des ménages, qui devrait reculer. Pour l'Insee, qui a annoncé ce vendredi ses prévisions de croissance pour 2008, le «retournement» de l'immobilier «est désormais engagé en France», même si son ampleur reste encore incertaine.
Du coup, la construction de logements en subit les conséquences, comme en témoignent notamment les chiffres en baisse des mises en chantiers et les mauvais résultats de l'un des principaux promoteurs français, Kaufman and Broad. «2008 devrait être la première des années de récession pour l'immmobilier après plusieurs années d'expansion», déclare Michel Mouillart, professeur d'économie à l'université de Paris X-Nanterre.
«Un choc d'une ampleur comparable à la crise du début des années 90»
Pour cet économiste spécialiste du secteur, la chute de près de 28% des ventes de logements neufs au premier trimestre, si elle se confirmait serait un «choc d'une ampleur comparable à la crise du début des années 90».
Le premier touché par la tourmente est Kaufman and Broad qui a annoncé jeudi une chute de 71,3% de son bénéfice sur la première moitié de son exercice 2008 (clos fin mai) à 11,7 millions d'euros alors que son chiffre d'affaires diminuait pour sa part de 6,1% à 586 millions d'euros.
«La baisse de l'activité est due essentiellement au changement d’attitude des banques dans l’octroi des crédits, à la montée des taux d’intérêt et à l’attentisme des acquéreurs, plus marqué au deuxième trimestre», selon son PDG Guy Nafilyan.
Pour M. Mouillart, «l'origine du mal réside dans le fait que les établissements de crédit n'ont pas confiance dans la stratégie de la Banque centrale européenne pour le refinancement des établissements bancaires».
Le taux fixe moyen des prêts immobiliers sur 20 ans franchit la barre des 5%
Cette frilosité explique que le taux fixe moyen des prêts immobiliers sur 20 ans vient de franchir la barre des 5%, un niveau jamais atteint depuis 2003, selon un étude du courtier immobiler en ligne Empruntis.
«La stratégie de la ministre du Logement Christine Boutin peut être anéantie par la politique monétaire de la BCE», souligne l'économiste. Il pourrait en être de même pour la volonté affichée du président de la République de faire de la France un «pays de propriétaires».
Plusieurs secteurs de l'immobiler résistent pourtant bien, comme le centre de Paris, de plus en plus recherché par les étrangers, ou «une multitude de micro-marchés dans les villes de province», relève Jean-Michel Ciuch, directeur des études au Crédit Foncier.
Autre marché qui se porte encore bien: les zones de rénovation urbaine (ZRU) où la TVA réduite à 5,5% permet à des familles d'accéder pour la première fois à la propriété, selon Marc Pietri, PDG du groupe Constructa.
Pour autant, ce «trou d'air» ne devrait pas avoir d'importantes conséquences sur les prix malgré les attentes des futurs acheteurs. «La baisse moyenne des prix devrait être seulement de 2% à 3% en 2008», estime Guy Cotret, membre du directoire du groupe Caisse d'Epargne.
Les acheteurs ne doivent pas toutefois s'attendre, à une flambée des offres promotionnelles sur internet même si le PDG de Kaufman and Broad juge que c'est «un média intéressant», en raison de son faible coût, même pour un «produit lourd» comme le logement.
Le promoteur, qui a proposé la semaine dernière 260 logements sur le site www.vente-privee.com avec des remises de 5 à 7% sur le prix catalogue, juge que «c'est un succès» avec déjà «60 promesses de vente».