De la friture de thon sur la ligne entre Paris et Bruxelles

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Publié le 18 juin 2008.

ECONOMIE – Michel Barnier et la Commission européenne s’affrontent à distance sur le thon rouge…

Depuis vendredi, le ton monte entre le ministère français de la Pêche et la Commission européenne. Tout commence vendredi, lorsque la commission décide de fermer en grande partie la pêche au thon rouge, une espèce menacée d’extinction, en Méditerranée et en Atlantique, 15 jours plus tôt que prévu.

Cette fermeture concerne les thoniers senneurs, de grands chalutiers qui pratiquent une forme de pêche industrielle et comptent à eux seuls pour quelque 70% des captures totales de cette espèce dans les eaux européennes.

Vendredi, la France conteste

Mis au courant la veille, Michel Barnier déplore «cette décision prise sans confrontation des éléments techniques et chiffrés de capture». L’ancien membre de la Commission européenne réclame alors «l’organisation de toute urgence» du comité d’expertise pour «apporter les éléments utiles sur la consommation des quotas de thon rouge des navires des pays concernés».

Et rappelle que la France a déjà déployé des «mesures exceptionnelles» en matière de contrôle des pêches du thon rouge en Méditerranée, notamment l’instauration de quota individuel pour ses 36 thoniers senneurs méditerranéens.

Dimanche, Barnier réclame des preuves

Faute de réponse de Bruxelles, Barnier hausse le ton. Dimanche, il assure que les quotas français pour la pêche au thon rouge sont loin d’être atteints, comme l’affirme la Commission. Selon le ministre français, les 36 thoniers senneurs méditerranéens n’en sont en moyenne qu’à «moins de 50% et même 30%» de leurs quotas individuels. Et de préciser que seuls deux bateaux ont déjà atteint leur quota et ont cessé leur activité pour la saison.

«J’attends de la Commission qu’elle apporte les preuves […] ou bien alors elle nous fait un procès d’intention», déclare-t-il. Si la Commission «ne revient pas sur sa décision, il y aura un vrai problème!», avertit le ministre avant de conclure: «Il y a un problème de confiance et il faut que la Commission fasse attention». Ambiance à quelques jours du début de la présidence française de l’UE et après le «non» irlandais au référendum sur le traité de Lisbonne.

Lundi, Barnier persiste et la France se met hors-la-loi


Lundi, Bruxelles maintient son interdiction lors d’une réunion qui, selon Michel Barnier, «n’a pas permis de mettre en évidence les preuves tangibles de dépassement des quotas individuels attribués aux thoniers senneurs français». Toujours remonté, il annonce son intention de demander la saisine du conseil européen des ministres de l’agriculture et de la pêche, qui se tiendra lundi et mardi juin à Luxembourg, sur le sujet. En attendant, il rencontre ses homologues européens (Italie, Portugal, Espagne, Grèce, Slovénie et Malte) directement concernés par les mesures d’interdiction pour organiser un plan de bataille.

Le même jour, le Syndicat des thoniers méditerranéens (STM), qui regroupe 24 des 36 thoniers senneurs français, appelle ses adhérents à pêcher le thon rouge dès minuit. Dernier rebondissement: ceux-ci se sont vus retirer leur permis de pêche spécial (PPS) pour le thon rouge, mercredi, par les directions régionales des affaires maritimes de Languedoc-Roussillon et Provence-Alpes-Côte d'Azur... sur instruction du ministère de l'Agriculture et de la Pêche. Michel Barnier mettrait-il de l'eau dans son vin?
Sandrine Cochard
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