Les entreprises délocalisées reviendraient-elles en France?

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Publié le 11 juin 2008.

ECONOMIE – 10% des entreprises ayant transféré leur activité à l’étranger seraient de retour en France..

Jean-Pierre Chanteau, économiste au CNRS de Grenoble, a étudié en détail les délocalisations dans la région Rhône-Alpes entre 1993 et 2003. Les résultats de ses recherches font grand bruit: 10% des entreprises ayant transféré leur activité à l’étranger sont de retour en France.

Certains, comme le «Financial Times», y voient le début de la fin des délocalisations, d’autres un épiphénomène. Tentatives d’explications avec l’auteur de l’étude.



D’après votre étude, 10% des entreprises qui ont délocalisées reviennent en France. Est-ce l’amorce d’un phénomène, le début de la fin pour la mondialisation?

Je n’observe pas de ralentissement des délocalisations. 10% d’entreprises qui reviennent au pays, ce n’est pas conséquent, on ne peut pas parler de phénomène.

Pourtant, l’augmentation du prix du pétrole devrait inciter les entreprises à revenir dans les pays du Nord?

Pour l’instant, le phénomène n’est pas palpable, mais il est vrai que les états-majors s’interrogent sur les investissements à venir: avec la flambée du prix du carburant, est-il toujours rentable de délocaliser à l’autre bout du monde? Cela étant, on observe que les retours en France s’expliquent souvent par un affaiblissement du marché local. Par exemple, une entreprise française qui aurait déménagé en Allemagne et qui voit ses ventes outre-Rhin baisser peut être incitée à revenir. Contrairement aux idées reçues, il y a peu de chance qu’une entreprise revienne de Chine car le marché chinois reste très porteur.

On explique souvent les délocalisations par le coût du travail moindre dans les pays en développement. Cette vision est-elle trop courte?

Le coût du salaire horaire est effectivement un critère de choix mais ce n’est pas le seul critère. Il faut également prendre en compte la productivité des employés et les opportunités du marché local. Souvent, les entreprises délocalisent en Chine pour vendre plus facilement leurs produits aux Chinois. Au jeu de la productivité, la France, qui pointe en haut du classement mondial, reste très attractive. N’oublions pas que les entreprises délocalisent aussi vers la France [deuxième pays de l’UE en terme d’investissements étrangers, ndlr] qui est un marché porteur dopé par des employés très productifs.

Dans votre étude, vous semblez minimiser le phénomène des délocalisations…

Le phénomène a été exagérément médiatisé autour de fermetures d’usine très symboliques. La réalité est bien moindre: seulement 1% des entreprises sondées dans mon étude ont délocalisé leur activité à l’étranger. Même dans les secteurs les plus exposés à la mondialisation, les sociétés ont les moyens de rester en France pour peu qu’elles sachent s’adapter. Certaines entreprises textiles investissent ainsi dans le «textile technique» qui nécessite des emplois très qualifiés et un maintien de l’activité sur place.

Qui a intérêt à attiser la peur de la délocalisation?
Les politiques ont pu instrumentaliser ces fermetures d’usine pour surfer sur le mécontentement populaire ou imposer des mesures protectionnistes. De la même manière, le patronat a intérêt à jouer sur cette peur pour obtenir des baisses de salaires. C’est ce qui s’était passé il y a 4 ans dans l’usine Bosch de Vénissieux: les salariés étaient passés aux 36 heures hebdomadaires sans compensation salariale en échange du maintien de l’activité.

A NOTER : L’étude de Jean-Pierre Chanteau, en cours de validation scientifique, vient corroborer les résultats d’un calcul de l’Insee qui estimait à 13.500 les suppressions d’emploi annuelles dues au délocalisations (sur la période 1995-2001), soit 0,35% de l’emploi industriel.
Propos recueillis par Vincent Glad
Mots-clés
Emploi

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