INTERVIEW - Guy Groux, spécialiste des syndicats, analyse le plan du gouvernement pour encourager le retour à l'activité des plus de 55 ans...
Guy Groux, chercheur au Centre de recherches politiques de Sciences Po (Cevipof) et spécialiste des syndicats, analyse le plan du gouvernement pour encourager le retour à l'emploi des plus de 55 ans...
Nicolas Sarkozy a dénoncé ce mardi «l'erreur économique» qu'a constituée le partage du travail entre générations. Le rejoignez-vous sur ce point?
Il est vrai que depuis la généralisation des plans de préretraite dans les années 1980, le chômage des jeunes est toujours aussi élevé et celui des seniors n'a fait qu'augmenter. La solidarité intergénérationnelle mise en place à l'époque des grandes restructurations industrielles ne semble donc pas avoir eu l'effet escompté.
Le gouvernement actuel entend donc faire machine arrière...
Cela ne sera pas facile. Les entreprises ont pris l'habitude de baser leur gestion prévisionnelle des emplois sur les départs anticipés. Et sur le terrain, on s'aperçoit que les employeurs souhaitent se séparer de leurs seniors. Outre le coût que représente un salarié de plus de 55 ans, son expérience et son autorité peuvent compliquer la tâche de la hiérarchie. Le gouvernement ne changera pas les mentalités avec une loi.
La mise en place de sanctions financières ne sera-t-elle pas persuasive?
C'est difficile de le savoir aujourd'hui. Mais on ne peut pas décréter d'en haut ce que doivent faire les employeurs. Il faut être très vigilant en matière d'emploi, comme on a pu le constater avec le CPE et CNE. Le gouvernement s'expose à coup sûr à un troisième échec s'il procède dans la précipitation et sans concertation avec les partenaires sociaux. Plutôt que d'imposer le maintien dans l'emploi de façon autoritaire, il faudrait réfléchir à des formes d'activité innovantes et multiples pour les seniors, comme des missions longue durée ou du free-lance.
Propos recueillis par Catherine Fournier