REACTIONS - Deux entrepreneurs français en Inde réagissent à la publication d'une annonce de l'ANPE concernant un poste d'informaticien à Pondichéry...
«Un bon coup de pub.» Selon Camille Allauzen, directrice du cabinet de conseil en recrutement international EuroTriade à
Chennai, en Inde, c'est peut-être ce qui a motivé la société de développement de services Internet Hangar 17 ICT à publier sur le site Internet de l'ANPE
une offre d'emploi pour un poste d'informaticien à Pondichéry (au sud de Chennai).
«La formulation “protection sociale et avantages à négocier” est lamentable, estime cette chef d'entreprise de 37 ans. En Inde, les employeurs incluent généralement dans le salaire des ressortissants français qui ne sont pas expatriés une cotisation à la Caisse des Français à l'étranger. Si ce n'est pas le cas, ils prennent en charge une partie des dépenses de santé.» «L'annonce ne prend peut-être pas en compte le logement ni le billet d'avion», renchérit Jérémy Grasset, directeur de Grasset Kuntal Consulting à Chennai et Dehli.
Pour ces deux entrepreneurs français basés en Inde, le salaire proposé par Hangar 17 ICT (10.000 à 20.000 roupies par mois, soit 160 à 320 euros) n'est pas crédible s'il ne s'accompagne pas de ces avantages. «Même les Indiens ne travaillent pas à ce prix-là», note Jérémy Grasset. «Un ingénieur en informatique qui a deux ans d'expérience gagne entre 652 et 850 euros par mois», précise Camille Allauzen. Contacté par 20minutes.fr à ce sujet, le dirigeant d'Hangar 17 ICT n'avait pas encore réagi.
«Les salaires augmentent de plus de 10% tous les six mois»
Jérémy Grasset comme Camille Allauzen, toutefois, ne sont pas surpris qu'une telle annonce fasse son apparition dans les offres d'emploi françaises. «Du fait de son développement, l'Inde manque de main d'œuvre, même en informatique», note Jérémy Grasset, qui porte un regard «amusé» sur la polémique provoquée par cette offre d'emploi en France. «Avec 15.000 ou 20.000 roupies, on vit à Pondichéry. Avec le Smic, on survit en France», constate-t-il.
Estimant «surréaliste» la possibilité qu'un chômeur français se voit proposer ce type de poste, Camille Allauzen estime pour autant que les salaires indiens ne sont pas indécents pour un Français, d'autant «qu'ils augmentent de plus de 10% tous les six mois. L'Inde, c'est pas uniquement les bidonvilles et les vaches dans la rue. Ce type d'expérience peut être très intéressante pour un jeune diplômé européen.» Et la présidente du Club France à Chennai de constater que de plus en plus de Français dépendent du droit local pour leur contrat de travail. «Moi-même je ne suis pas expatriée. Je paie mon assurance-maladie et je ne cotise pas pour la retraite. De toute façon, je ne pense pas que ces acquis vont durer bien longtemps en France.»
Catherine Fournier