RSA: «On ne lutte pas contre la pauvreté avec 1 milliard d'euros»

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Publié le 25 avril 2008.

INTERVIEW - Hélène Périvier, économiste à l'OFCE, explique en quoi le dispositif de Martin Hirsch est insuffisant en l'état...

Alors que l'annonce du financement du revenu de solidarité active (RSA) par une partie de la prime pour l'emploi fait polémique, Hélène Périvier, économiste à l'OFCE (centre de recherche en économie de Sciences Po), explique en quoi le dispositif de Martin Hirsch est de toute façon insuffisant en l'état...
 
Après avoir failli disparaître, le RSA va finalement être généralisé en 2009. Une bonne nouvelle?

Tout dépend dans quelles conditions ce nouveau revenu minimum va être mis en place. Il faudrait qu'il s'accompagne de toute une politique d'insertion dans le monde du travail. De nombreuses études de la Drees (service de statistiques du ministère du Travail) ont prouvé que la majorité des bénéficiaires des minima sociaux ne retrouvaient pas de travail non pas pour des raisons financières, mais pour des problèmes de santé, de logement, de transport ou de garde d'enfants. Si l'on veut vraiment s'attaquer à ces facteurs et lutter contre la pauvreté, ce n'est pas 1 milliard d'euros qu'il faut, mais dix milliards.  
 
Mais ne fallait-il pas réformer le système actuel?

C'est vrai qu'il peut apparaître compliqué. On compte neuf minima sociaux en France, dont trois qui auraient vocation à être remplacés par le RSA: le RMI, l'allocation parent isolé (API) et l'allocation de solidarité spécifique (ASS). Mais comme chacun d'entre eux correspond à une situation différente (lire encadré ci-contre), on se contentera de les fusionner sous un seul nom (RSA), sans changer les barèmes. La seule différence, c'est qu'on pérennisera le principe d'intéressement, qui veut qu'on continue à percevoir son aide sociale un certain temps après avoir retrouvé un travail. Avec le RSA, on la percevra tant qu'on reste en dessous d'un certain seuil de revenu («1,1 ou 1,2 smic» a indiqué Nicolas Sarkozy, ndlr).
 
Selon vous, ce ne sera pas suffisant pour augmenter le taux d'emploi des Rmistes?

Non, car comme je l'ai dit, la plupart cumulent plusieurs freins au retour sur le marché du travail: rupture familiale, peu de qualifications, problèmes de garde... Pour tous ceux-là, il faut une politique d'accompagnement, via les contrats aidés par exemple. Or, entre 2007 et 2008, 100.000 ont été supprimés. Et puis je crois qu'il faut reconnaître qu'une partie des Rmistes, peut-être un tiers sur 1 million, n'est pas insérable. Mieux vaudrait l'admettre comme l'a fait le Royaume-Uni et leur donner malgré tout les moyens de vivre.
 
Que pensez-vous du fait de financer le RSA par une partie de la prime pour l'emploi?

 Il est vrai que la prime pour l'emploi est moins redistributive, car elle est calculée de façon individuelle. Ainsi, deux smicards peuvent cumuler deux PPE élevées, alors qu'ils ne sont pas pauvres, mais modestes. Mais tout de même, est-ce bien cohérent de prendre au smicard pour donner au demi-smicard? Quand on met en place une politique de redistribution, on regarde l'ensemble de la population, pas les plus modestes.
Propos recueillis par Catherine Fournier
Le RSA pourrait se substituer aux trois minima sociaux suivants: le Revenu minimum d'insertion, qui est le moins élevé (447,91 euros par mois). C'est le filet de sécurité au-dessous duquel on ne peut pas descendre. L'Allocation parent isolé, destinée le plus souvent aux mères seules sans ressources (566,79 euros par mois). Elle peut être perçue jusqu'aux 3 ans de l'enfant ou pendant un an juste si celui-ci est plus âgé mais que la séparation vient d'intervenir. L'Allocation de solidarité spécifique, enfin, qui concerne les chômeurs en fin de droit. Son montant est variable. 
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