Les biocarburants sont taxés de semer la faim. Interview d'Etienne Hainzelin, directeur au Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement.
Les biocarburants génèrent-ils la faim?
Ils sont une partie du problème. Mais la situation n'est pas la même au Brésil, qui jouit d'une réserve foncière de 200 millions d'hectares, qu'en Indonésie ou en Malaisie, où la culture du palmier à huile signifie une concurrence sur les terres disponibles. Le vrai problème vient des Etats-Unis, qui ont décidé de consacrer la plus grande partie de leur maïs à la distillation d'agrocarburants, détournant d'autant le maïs destiné au bétail, et entraînant, depuis deux ans, une hausse de 60% de son prix sur les marchés.
Comment mieux organiser la production agricole?
C'était une erreur de considérer, comme l'ont fait la Banque mondiale et le FMI, que l'agriculture devait être compétitive. Il faut redonner aux 1,5 milliard d'exploitations agricoles du monde les moyens d'exister. L'aide alimentaire ne doit pas concurrencer les productions locales. Mais les résultats des décisions prises aujourd'hui ne se mesureront pas avant dix ans.