Flambée des denrées alimentaires dans le monde: «La situation va se normaliser d'ici deux ou trois ans»

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Publié le 9 avril 2008.

INTERVIEW - Sylvie Brunel, spécialiste des questions de développement durable, réagit aux propos du Commissaire européen au développement, qui prédit un «tsunami humanitaire»...

Sylvie Brunel, professeur de géographie à l'université de Paris IV et auteur d'un ouvrage sur «le développement durable» (Que sais-je, 2007), réagit aux propos du Commissaire européen au développement, qui prédit un «tsunami humanitaire» lié à la flambée des prix des denrées alimentaires...

Etes-vous aussi pessimiste que Louis Michel?

Non. Mais c'est normal qu'il tire la sonnette d'alarme car l'Europe doit se montrer solidaire vis-à-vis de l'Afrique. Pour autant, on ne court pas à la famine. Les réserves de production agricole sont considérables. A commencer dans les pays du Nord, qui ont gelé pendant cinquante ans des terres afin de maintenir l'inflation. Il ne faut pas oublier qu'entre 1960 et 1990, les prix de l'alimentaire se sont effondrés. Le problème, alors, était celui de la surproduction.

Comment la tendance s'est-elle inversée?

Le premier facteur, c'est l'augmentation de la demande des pays émergents et surtout la transformation de leurs modes de consommation. Ils mangent beaucoup plus d'aliments à base de protéines. Il faut donc plus de céréales pour nourrir les animaux qui servent à les fabriquer. Il faut ajouter à cela l'accroissement de la population mondiale, le réchauffement climatique qui nuit aux récoltes et l'augmentation du prix du pétrole. Ce dernier facteur a non seulement pour effet d'alourdir les coûts de production (essence pour le tracteur, engrais et pesticides issus de la chimie du pétrole...) mais aussi de développer la concurrence des usages non alimentaires de certaines cultures, vouées aux biocarburants.

Malgré tout, la situation ne vous semble pas irréversible?

Non, je pense qu'elle va se normaliser d'ici deux ou trois ans. Les pays ont compris l'importance d'investir dans l'agriculture et l'élevage. Dans nombre de pays émergents, comme en Afrique, en Amérique latine, en Inde ou en Chine, les petits paysans n'ont pas été soutenus. Priorité a été donnée à l'urbanisation et l'industrialisation. Du coup, ces derniers ont été contraints à l'exode rural et subissent de plein fouet la hausse des prix dans les villes. Trois quarts des gens qui souffrent de malnutrition dans le monde sont des paysans. Ceux dont le rendement est trop faible pour être rémunérateur. Rien ne dit qu'ils ne vont pas être incités à retourner cultiver leurs terres pour répondre à la demande interne.

C'est l'aspect positif de cette crise...

Oui, les paysanneries du Sahel et du Brésil vont peut-être enfin pouvoir vivre de leurs récoltes. Quant aux pays riches, ils vont dépenser moins d'argent pour aider leurs agriculteurs. Mais le grand défi qui se pose aujourd'hui, c'est de parvenir à poursuivre l'accroissement de la production agricole sans avoir recours à une agriculture intensive et pollueuse. Il va falloir penser développement durable, ce qui peut avoir pour effet de retarder un peu l'issue de cette crise. C'est le tripe objectif de la révolution verte: produire plus, lutter contre la pauvreté, préserver les écosystèmes.
Propos recueillis par Catherine Fournier
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