Surprise, l’industrie n’est pas le secteur le plus touché par les licenciements économiques

EMPLOI En revanche, les salariés du secteur qui perdent leur emploi ont plus de mal à retrouver du travail…

Nicolas Raffin

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Emmanuel Macron en visite chez Whirlpool à Amiens, le 3 octobre 2017.

Emmanuel Macron en visite chez Whirlpool à Amiens, le 3 octobre 2017. — Philippe Wojazer/AP/SIPA

  • Entre 1999 et 2009, le taux de licenciements économiques est moins fort dans les secteurs « exposés » à la mondialisation.
  • L’industrie a perdu 755.000 emplois depuis 1999.
  • Les économistes rappellent le rôle essentiel de la formation pour accompagner les salariés qui perdent leur emploi.

L’année 2017 n’a pas été tendre pour l’industrie française : la fermeture annoncée de l’usine Tupperware près de Tours, les difficultés de Whirlpool à Amiens et de GM&S à La Souterraine ont été synonymes de nombreux licenciements économiques. Des faits qui pourraient conforter l’idée que le secteur, exposé à la mondialisation, est un des plus menacés sur le plan de l’emploi.

Pourtant, une étude publiée cette semaine par le think-tank « La Fabrique de l’industrie vient nuancer fortement cette affirmation. Ses auteurs ont calculé le taux de licenciements économiques pour le secteur « exposé » à la mondialisation (industrie, services délocalisables) et pour le secteur « abrité » (emplois non-délocalisables comme les boulangers, les dentistes, etc.) entre 1999 et 2009. Résultat ? Le secteur « protégé « affiche un taux de licenciements économiques de 3,3 %, contre seulement 2,8 % pour le secteur « exposé ».

>> Les licenciements économiques sont-ils sur le point d’exploser ?

Difficulté à retrouver un emploi

Autrement dit, si l’industrie manufacturière (automobile, métallurgie, textile) a perdu 755.000 emplois entre 1999 et 2013, ce n’est pas forcément à cause de fermetures brutales d’usines. « Il peut s’agir de départs à la retraite non remplacés, ou encore de plans de départs volontaires » explique Philippe Frocrain, coauteur du rapport. « Les syndicats sont souvent plus organisés dans ces secteurs que dans les services, et permettent donc de limiter le nombre de licenciements » rappelle Juan Carluccio, professeur à l'université de Surrey (Royaume-Uni). 

Pour autant, l’étude ne s’arrête pas à ce constat et s’intéresse également à « l’avenir » des salariés victimes d’un licenciement économique : retrouvent-ils facilement un emploi ? S’agit-il d’un travail dans le même secteur ? Sur ce point, le constat est beaucoup plus sombre pour les travailleurs de l’industrie manufacturière : trois ans après un licenciement économique, moins de 50 % d’entre eux ont retrouvé du travail. Une proportion assez faible qui explique « les craintes associées aux fermetures d’entreprises » note l’étude.

Partir ou rester ?

Cette difficulté à être réembauché ailleurs est due à la concentration géographique des secteurs manufacturiers. Le secteur automobile est ainsi regroupé autour de quelques pôles en France (voir carte ci-dessous). Si un jour, plusieurs entreprises automobiles se mettent à licencier dans le Nord, les ouvriers de cette zone seront forcés de déménager vers d’autres pôles s’ils veulent retrouver un emploi similaire.

Répartition des emplois en France dans le secteur automobile et dans celui de la coiffure.
Répartition des emplois en France dans le secteur automobile et dans celui de la coiffure. - La Fabrique de l'Industrie

Mais, écrivent les auteurs, « certains ne peuvent ou ne souhaitent pas faire ce choix (…) parce que cela implique la vente de leur logement, un changement d’école pour les enfants et de travail pour le conjoint (…) alors même que la pérennité du nouvel emploi reste souvent incertaine ». Un constat parfaitement mis en lumière cet été au moment de la polémique avec Emmanuel Macron et les salariés de GM & S « invités » à aller travailler à plus de 180km de leur domicile.

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Revoir la formation

Face à ce dilemme, de nombreux salariés font alors le choix de rester sur place, quitte à changer de secteur d’activité… et au risque d’avoir un travail plus précaire. En effet, près de 20 % des travailleurs du secteur manufacturier qui changent de secteur se retrouvent embauchés à temps partiel, alors qu’ils étaient à temps complet dans l’industrie.

« A côté des filets de sécurité (allocations-chômage, etc), il faut des « trampolines » pour les salariés, argumente Philippe Frocrain. Qu’ils puissent être guidés rapidement vers un nouvel emploi, ou encore développer de nouvelles compétences ». Une reconversion qui passe nécessairement par la formation, que le gouvernement entend entièrement refonder en 2018.