Au Brésil, des champs contaminés au mépris de la loi

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Publié le 11 mars 2008.

Le poulet qui est dans votre frigo en a peut-être mangé. Le soja du Brésil, le « grenier du monde », est devenu transgénique à plus de 50 %. Introduits illégalement d'Argentine dans les champs du Rio Grande du Sud ou échappés des « champs expérimentaux » de Monsanto dès 1997, les OGM ont fini par s'imposer. Depuis 2005, le gouvernement brésilien a décidé de « légaliser » la situation. La controverse fait actuellement rage car la dernière loi votée en février a autorisé les maïs OGM, dont un distribué par Monsanto.

Une politique du fait accompli mal vécue. « La contamination est l'un des problèmes les plus compliqués à résoudre sur le terrain », explique Gabriel Bianconi Fernandes, agronome responsable de l'association AS-PTA. Ce dont témoigne un petit agriculteur de la région du Para (Nord), désireux de continuer la culture de soja traditionnel. « J'ai fait nettoyer la machine pour la récolte, et j'ai transporté le grain avec mes propres camions. Pourtant, mon soja a été contrôlé positif aux OGM », raconte Paulo Bussolo. En fait, ses semences étaient contaminées à l'achat. Cette année, onze distributeurs ont été épinglés pour avoir vendu des graines mélangées sous l'étiquette « soja traditionnel ».

Commerçant spécialisé dans la farine de soja bio, Paulo Moraes a carrément jeté l'éponge. « Le Brésil risque d'être contaminé à 100 % d'ici quatre ou cinq ans. » Il a fermé boutique et licencié dix-sept employés. Une invasion d'autant plus incroyable qu'un agriculteur contrôlé positif doit verser des droits à Monsanto. Depuis 2004, la firme a déployé dans les coopératives de soja du pays des agents pour tester les récoltes et présenter la facture. Enfin, cerise sur le gâteau transgénique, les mauvaises herbes commencent à muter. L'institut de recherche brésilien en agriculture, Embrapa, a déclaré qu'« une nouvelle herbe, résistante à l'herbicide utilisé d'habitude envahit les cultures d'OGM, et devient impossible à contrôler ». L'Embrapa invite les producteurs à l'arracher... manuellement.

A Rio de Janeiro, Charlotte Valade - ©2008 20 minutes
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