Les banques américaines reprennent contact avec les victimes des subprime

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Publié le 24 février 2008.

ETATS-UNIS - Reportage à New York...

Un samedi gris et neigeux dans le nord du Bronx: une bonne journée pour rencontrer son banquier? Une centaine de propriétaires insolvables ou sur le point de basculer avaient rendez-vous samedi dans un collège de ce quartier de New York avec une douzaine des plus gros fournisseurs de crédits immobiliers hypothécaires –subprime ou non– (Citigroup, HSBC, Chase, Countrywide…).

Nom de code de cette initiative lancée dans les cinq quartiers de la ville sous l’égide de sénateurs démocrates et du département bancaire de l’Etat de New York: «Operation protect your home».

>> Pour tout comprendre à la crise des subprime, c'est ici >>

Dans la cafétéria, des organisations de conseil juridique et immobilier orientent les propriétaires dont la maison va être saisie puis revendue par l’établissement prêteur («foreclosure», dans le jargon des subprimes). Plus loin, les banques reçoivent gratuitement les emprunteurs en détresse afin de trouver une solution (un rééchelonnement de leurs échéances, par exemple) pour éviter la saisie.

La démarche est nouvelle: avant, entre des propriétaires mal informés, souvent honteux d’appeler au secours quand leur situation financière devient trop critique et des banques qui ont l’habitude de faire la sourde oreille aux mauvais payeurs, la communication ne passait pas. Mais face à l’ampleur de la crise, l’heure est à la mobilisation.

New York est la cinquième ville américaine la plus touchée par les saisies des maisons de propriétaires insolvables (près de 15.000 entre juillet 2006 et 2007). Pour Bernell K. Grier, conseillère de l’association Neighborood Housing services, ce premier pas des banques vers leurs clients va dans le bon sens: «Les gens ne sont pas au courant de toutes les aides ou des
plans dont ils pourraient bénéficier, c’est un geste positif pour essayer de les atteindre. Les établissements créditeurs apprennent à travailler dans cette direction.»

De 940 à 2.400 dollars par mois

Après un emprunt pour acheter sa maison, Michael Niebauer, 47 ans, a dû en faire un autre pour financer des travaux. «En 2003, je remboursais 940 dollars par mois, en 2007 2.400 dollars par mois. Je me suis laissé dépasser.» Il est venu rencontrer sa banque pour empêcher sa situation de se dégrader. «Je les ai rencontrés et ils sont prêts à négocier un nouveau plan. Je pense que nous allons trouver une solution. Jusque-là, quand je les contactais, je me retrouvais face à un mur.» Il confie avoir «compris la leçon»: «Les gens ne veulent pas admettre qu’ils ont fait une erreur. Devenir propriétaire de votre maison, c’est le rêve américain.

Mais le pire reste peut-être à venir. Les volets clos de maisons en quête d’introuvables propriétaires dans le paysage urbain menacent l’équilibre de quartiers fragiles. «On a tendance à aborder la question comme un problème individuel, mais ce sont des quartiers entiers qui sont en péril, s’inquiète Bernell K. Grier. Pendant des années, nous avons travaillé sur le terrain pour créer du lien social. Mais de plus en plus, avec ces saisies, on entend parler de squatters, de vandalisme, ce sont autant de facteurs qui menacent des communautés de se désagréger. Nous ne voulons pas voir le Bronx brûler à nouveau.»
Gilles Bouvaist, à New York
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