Réforme de l’ISF: L’or est-il vraiment un placement réservé aux riches?

FISCALITÉ La majorité LREM veut taxer les «signes ostentatoires de richesse»…

Nicolas Raffin

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Un lingot et des pépites d'or éthiques dans un atelier Chopard à Meyrin, près de Genève, le 11 novembre 2015

Un lingot et des pépites d'or éthiques dans un atelier Chopard à Meyrin, près de Genève, le 11 novembre 2015 — FABRICE COFFRINI AFP

  • Pour faire taire les critiques sur la réforme de l’ISF, les parlementaires LREM vont renforcer la fiscalité des « biens ostentatoires ».
  • La vente des lingots et pièces d’or sera plus taxée.
  • Le gouvernement assume une mesure symbolique, les professionnels du secteur s’inquiètent.

Les pièces et les lingots d’or ont-ils fait tourner la tête des députés ? La commission des finances de l’Assemblée nationale a été le théâtre de vif débat ce jeudi, au moment d’examiner la suppression de l’ISF et son remplacement par un impôt sur l’immobilier. La mesure a été adoptée, avec quelques retouches : en plus d’un renforcement de la fiscalité sur les yachts et voitures de luxe, la taxe sur la vente des métaux précieux (TMP), dont l’or fait partie, va passer de 10,5 % à 11,5 %.

Cette volonté de renforcer la taxation des « signes ostentatoires de richesse » vise à montrer que le gouvernement ne fait pas de « cadeaux » aux plus riches. « Il faut corriger ce message qui a pu être mal perçu » reconnaissait début octobre le porte-parole du gouvernement, Christophe Castaner.

« On peut pas considérer l’or comme un signe ostentatoire de richesses »

Mais ce relèvement de la taxe sur la vente d’or dit « d’investissement » – les pièces et les lingots – va-t-il seulement toucher les plus riches ? Les professionnels du secteur affirment le contraire. « On ne peut pas considérer l’or comme un signe ostentatoire de richesse » lance François de Lassus, directeur de la communication externe de CPoR Devises, société spécialisée du marché de l’or… et donc fortement concernée par la taxe. «Dans une étude réalisée en 2014 avec Ipsos, on s’est rendu compte que 11 % des ouvriers et 12 % des employés possédaient de l’or » poursuit le spécialiste.

Selon l’étude, cet or est très souvent issu de la famille, et se transmet de génération en génération. « D’un côté, les plus riches n’auront plus à déclarer leurs lingots d’or à l’ISF, et de l’autre, des familles avec des revenus moyens seront plus taxées lorsqu’elles voudront revendre leurs pièces d’or » déplore François de Lassus.

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Quelles recettes attendues ?

Pour Philippe Herlin, auteur de L’or, un placement d’avenir (2017), « c’est une erreur d’augmenter cette taxe ». D’après cet économiste, qui se définit comme « libéral-conservateur », il faudrait faire le contraire et abaisser la fiscalité, afin «d’inciter les gens à remettre l’or dans le circuit économique. L’État y serait gagnant, cela lui rapporterait beaucoup plus de libérer le marché ».

De fait, le gouvernement espère que l’ensemble des taxes sur ces « biens ostentatoires » (yatchs, voitures de luxe, or) rapportera 50 millions d’euros par an. Un chiffre à comparer au manque à gagner pour l’Etat suite à la réforme de l’ISF : 3,2 milliards d’euros. Christophe Castaner l’avait lui-même reconnu début octobre : « La recette sera de toute façon assez faible sur ces sujets, mais on est dans un symbole ».