L’assurance-chômage universelle d’Emmanuel Macron va-t-elle amputer les droits des chômeurs?

EMPLOI Le mode de financement de la mesure pose question…

Nicolas Raffin

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Le Code du travail et le programme d'Emmanuel Macron.

Le Code du travail et le programme d'Emmanuel Macron. — ALLILI MOURAD/SIPA

  • Emmanuel Macron veut réformer en profondeur l’assurance-chômage.
  • Les non-salariés, comme les professions libérales ou les agriculteurs, pourraient percevoir des allocations.
  • Des doutes subsistent sur le financement de la mesure, et sur les droits des futurs demandeurs d’emplois.

C’est reparti pour un tour. Après la réforme du Code du travail, Emmanuel Macron lance ce jeudi les grands travaux dans la formation professionnelle, l’apprentissage, et l’assurance-chômage. Au fil de la journée, le président de la République recevra les différentes organisations syndicales et patronales, pour donner le coup d’envoi des « concertations » sur tous ces sujets.

Parmi eux, le projet « d’assurance-chômage universelle » est une promesse phare de l’exécutif. D’après les engagements de campagne, « tous les actifs » auront droit à une allocation-chômage : outre les salariés démissionnaires, qui pourront y recourir une fois tous les cinq ans, les allocations seront aussi ouvertes aux indépendants, agriculteurs, chefs d’entreprise, etc.

Plus de chômeurs, mais pas plus d’argent

L’élargissement de ce droit devrait mécaniquement conduire à une augmentation du nombre d’inscrits à Pôle emploi. Le budget consacré aux prestations augmenterait alors dans des proportions considérables. D’après une étude du ministère du Travail citée par Les Echos, il faudrait y consacrer entre 8 et 14 milliards d’euros la première année, entre 3 et 5 milliards d’euros les années suivantes.

Problème : aucun financement nouveau n’est prévu pour compenser cette hausse. L’augmentation de la CSG ne dégagera aucune recette supplémentaire puisque dans le même temps, les cotisations chômage et maladie des salariés seront supprimées. Avec plus de chômeurs, mais pas plus d’argent, « il y a très clairement le risque d’une baisse des allocations » affirme Denis Gravouil, chargé des négociations sur l’assurance-chômage à la CGT.

« On risque d’avoir des radiations de masse »

Pour limiter le surcoût de sa mesure, Emmanuel Macron promet « un contrôle accru de la recherche d’emploi ». Par exemple, un demandeur d’emploi pourra être radié si « l’intensité de [sa] recherche d’emploi est insuffisante » explique le programme d’En Marche. Une idée qui fait bondir Denis Gravouil : « Le modèle de Macron, c’est le modèle allemand, avec un contrôle permanent, affirme le syndicaliste. On risque d’avoir des radiations de masse et de se retrouver avec des travailleurs pauvres ».

Du côté de la CFDT, la promesse du président de la République ne convainc pas non plus. Pour la secrétaire générale adjointe, Véronique Descacq, il faut limiter les conditions d’accès à Pôle emploi des salariés démissionnaires afin de préserver les droits des autres demandeurs.

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« Sinon, estime-t-elle, on va favoriser les salariés les plus qualifiés. Ils se mettront au chômage quelques mois, en étant sûrs de retrouver un emploi derrière. Au lieu de sécuriser les plus fragiles, on offre des opportunités à ceux qui n’en ont pas forcément besoin ». Les concertations avec l’exécutif n’ont pas démarré, mais les arguments sont déjà affûtés.