Etats généraux de l’Alimentation: Comment mieux rémunérer les producteurs?

COMMERCE Plusieurs camps s’opposent sur le sujet…

Nicolas Raffin

— 

Illustration d'une moissonneuse.

Illustration d'une moissonneuse. — Gutner / SIPA

  • Le président de la République va prononcer mercredi un discours très attendu par le monde agricole.
  • Des annonces pourraient être faites sur l’amélioration de la rémunération des producteurs.
  • Les méthodes pour y arriver ne font pas l’unanimité.

Pour cette séquence, Emmanuel Macron n’a pas choisi le lieu par hasard. Le président de la République dévoilera ce mercredi sa vision de l’agriculture… au marché de Rungis. Parmi les annonces qui seront scrutées par les professionnels de la filière, la question des prix occupe une place centrale.

Si tout le monde est d’accord pour mieux rémunérer des producteurs souvent en grande difficulté financière, cela passera sûrement par une augmentation des prix en rayons. « On pense que les Français sont capables de faire cet effort », souffle l’Elysée. Reste à trouver comment redonner du pouvoir d’achat aux agriculteurs par exemple. L’exécutif étudie notamment deux pistes, qui seront peut-être reprises dans le discours du président de la République.

>> Lire aussi:  « Les consommateurs veulent de la qualité »

Première piste : relever le « seuil de vente à perte » dans les magasins

Le « seuil de revente à perte » (SRP) est le prix minimum en dessous duquel un produit ne peut être vendu. Sur des produits très concurrentiels, les distributeurs affichent le prix le plus bas possible pour attirer les clients. Ils ne gagnent pratiquement pas d’argent sur ces « produits d’appels ». Le relèvement du seuil permettrait de stopper la « guerre des prix bas », tout en bénéficiant par ricochet aux producteurs. Les Echos donnent cet exemple : « si [les supermarchés] gagnent plus sur l’Ariel, [ils peuvent] payer plus le lait ». La FNSEA, puissant syndicat agricole, la plupart des distributeurs et l’association nationale des industries alimentaires (ANIA) sont favorables à ce scénario.

Dans le camp des opposants, qui regroupe notamment une association de consommateurs (l’UFC Que-Choisir), un syndicat agricole (la Confédération paysanne) et… Leclerc, un argument revient souvent : redonner des marges aux distributeurs ne garantira en aucun cas que les nouveaux bénéfices iront aux producteurs.

« On est pour beaucoup plus de transparence »

« On ne croit pas à des retombées massives » lance Mathieu Escot, chargé d’études à l’UFC-Que Choisir. Selon lui, les industriels de l’agro-alimentaire, qui achètent aux producteurs et revendent aux distributeurs, n’achèteront jamais les matières premières plus cher, à moins d’y être contraints.

Pour tenter de les rassurer, Stéphane Travert, le ministre de l’Agriculture, a avancé dimanche l’idée d’une « charte de bonnes pratiques » signée par tous les acteurs, et qui garantirait « que le relèvement du seuil retourne dans la poche des agriculteurs ». « On veut montrer que ça bénéficie à la filière et à une agriculture en grande difficulté. On est pour beaucoup plus de transparence » poursuit Jean-Philippe Girard, président de l’ANIA, qui plaide pour l’instauration d’un comité de suivi qui pourrait « surveiller » que chaque acteur respecte sa part du contrat.

Deuxième piste : Donner plus de pouvoirs aux producteurs

L’idée, venue des Etats généraux de l’alimentation, pourrait être reprise par Emmanuel Macron ce mercredi. « Le producteur doit avoir plus de poids dans la négociation [avec les industriels] » avance le ministère de l’Agriculture. Concrètement, les producteurs pourraient intégrer leur coût de production dans les contrats, pour obtenir un prix de vente plus « juste », et donc une meilleure rémunération, à l’image de la marque de lait « C’est qui le patron ».

« Pour nous, cette mesure va vraiment dans le bon sens, souligne Nicolas Girod, secrétaire national de la Confédération paysanne. Il faudrait aussi que les organisations de producteurs aient une taille suffisamment grande pour pouvoir négocier en même temps avec plusieurs industriels »… et donc faire jouer la concurrence.

>> Lire aussi : L'agriculture française est-elle en voie d'extinction ?

Producteurs, consommateurs, industriels : tous s’accordent à dire qu’il faut changer les choses. « L’attente est immense », assure Jean-Philippe Girard. A Emmanuel Macron de faire la synthèse.