Grand plan d'investissement: Miser sur la formation, une formule gagnante pour l'emploi?

TRAVAIL Après l'annonce ce lundi du «Plan Investissement Compétences» du gouvernement, plusieurs spécialistes rappellent que la formation n'est pas la seule solution... 

Nicolas Raffin

— 

Des jeunes apprentis en formation pour un Brevet professionnel en maçonnerie BTP au CFA Le Mans Sarthe

Des jeunes apprentis en formation pour un Brevet professionnel en maçonnerie BTP au CFA Le Mans Sarthe — Giles Michel/SIPA

  • Le gouvernement a dévoilé ce lundi un « Plan Investissement Compétences » de 15 milliards d’euros dans le cadre d’un vaste plan d’investissement quinquennal.
  • Le plan vise à proposer une formation à des « chômeurs faiblement qualifiés » et des « jeunes décrocheurs ».
  • L’objectif affiché est de « faire revenir 300.000 personnes dans l’emploi » d’ici 2022.

Un PIC pour briser la courbe du chômage. Avec son « Plan Investissement Compétences » présenté ce lundi, le gouvernement affiche des ambitions élevées. Doté de 15 milliards d’euros sur cinq ans, ce plan vise à proposer une formation à près de deux millions de personnes, à savoir des « chômeurs faiblement qualifiés » et des « jeunes décrocheurs ».

L’objectif d’ici 2022 ? « Faire revenir 300.000 personnes dans l’emploi » affirme Jean Pisani-Ferry, auteur du rapport sur le grand plan d’investissement remis à Edouard Philippe. Pour justifier les moyens engagés, le rapport explique qu’une « part importante des personnes [éloignées du marché du travail] ne dispose pas des compétences recherchées par les entreprises ».

Les formations qualifiantes, un bon coup de main 

Le gouvernement prévoit par exemple « des formations longues » avec un diplôme à la clé, « un accompagnement individualisé » des personnes formées, l’extension de la garantie jeune à 100.000 bénéficiaires chaque année, ou encore la création d’un « indicateur de performance » des organismes de formation pour évaluer leur efficacité.

>> Lire aussi : Quel est le bilan de François Hollande sur la jeunesse ?

Les experts interrogés soulignent le côté positif de certaines de ces mesures. « Les formations longues et qualifiantes sont celles qui ont le plus d’effet [sur l’insertion dans le monde du travail] car elles permettent de gommer le faible niveau de diplôme » souligne Morad Ben Mezian, expert en formation professionnelle auprès de France Stratégie, un organisme de réflexion rattaché au Premier ministre.

« On va sortir les demandeurs d’emploi de la catégorie A pour que le chômage baisse »

En revanche, d’autres se montrent plus sceptiques sur l’efficacité de la formation. « Ce plan, c’est un peu la même chose que le plan 500.000 formations lancé par François Hollande, lance Fabien Milon, délégué Force Ouvrière à Pôle emploi. On va sortir les demandeurs d’emploi de la catégorie A pour que le chômage baisse ». Pour le syndicaliste, le problème ne vient pas du manque de formation des chômeurs, mais de la frilosité des entreprises : « Elles se plaignent, mais est-ce qu’elles agissent ? La formation coûte cher, les entreprises préfèrent transférer ces coûts à d’autres » conclut Fabien Milon.

>> Lire aussi : François Hollande a-t-il réussi à inverser la courbe du chômage ?

Autrement dit, les entreprises ont aussi une part de responsabilité dans l’efficacité de la formation. Morad Ben Mezian, qui a publié un document sur le sujet pour France Stratégie en août dernier, précise l’argument : « A partir du moment où les entreprises verront la formation comme un moyen d’améliorer leur compétitivité, elles s’inscriront dans cette démarche ». En plus des chômeurs, il faudrait donc former aussi les employeurs…