Mais pourquoi Ryanair annule-t-elle près de 2.000 vols?

AERONAUTIQUE La compagnie low cost irlandaise prévoit d’annuler de 40 à 50 vols par jour pendant les six prochaines semaines…

Delphine Bancaud

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Un avion Ryanair à l'aéroport de Francfort, le 2 novembre 2016. dpa / Andreas Arnold.

Un avion Ryanair à l'aéroport de Francfort, le 2 novembre 2016. dpa / Andreas Arnold. — AFP

  • La compagnie évoque cette mesure pour « améliorer sa ponctualité » et rattraper les congés en retard des pilotes.
  • Mais le SNPL estime que cette décision cache les difficultés de Ryanair à recruter des pilotes.

Turbulences dans le ciel. La compagnie aérienne irlandaise Ryanair a annoncé vendredi la suppression de 40 à 50 vols par jour pendant six semaines jusqu’à la fin octobre, soit 1 680 à 2 100 vols. Une vague d’annulations qui avait déjà démarré il y a plusieurs jours, comme le montrent les tweets de clients furieux, qui se sont retrouvés sans billet à la dernière minute.

« Nous présentons nos sincères excuses au petit nombre de clients affecté par ces annulations et ferons de notre mieux pour leur trouver un autre vol et/ou les rembourser en totalité », a insisté Robin Kiely, chef de la communication de Ryanair, dans un communiqué. Mais les clients qui ont dû débourser au dernier moment de quoi trouver un vol en urgence, devront quand même payer plus que prévu. Et certains sont restés bloqués à l’étranger.

De très chers retards

Pour se justifier, la compagnie déclare vouloir améliorer sa ponctualité. « En annulant moins de 2 % de nos vols au cours des six prochaines semaines (jusqu’au démarrage de nos horaires d’hiver début novembre), nous pouvons (…) restaurer la ponctualité au niveau de notre objectif annuel de 90 % », a expliquéRobin Kiely, chef de la communication de Ryanair, dans un communiqué.

La compagnie low cost précise que son taux de ponctualité était « tombé sous 80 % durant les deux premières semaines de septembre » en raison notamment de délais générés par l’intensité du trafic, de grèves, de conditions météorologiques défavorables et de l’obligation de respecter les obligations de congé des pilotes et des équipages. Une explication qui convainc un expert de l’aéronautique contacté par 20 Minutes : «  Les retards coûtent très cher aux compagnies aériennes, car lorsqu’un avion reste sur le tarmac plus longtemps que prévu, la compagnie doit payer des taxes supplémentaires à l’aéroport. Donc annuler 2 % des vols peut vraiment contribuer à améliorer les marges de la compagnie », explique-t-il à 20 minutes.

La compagnie cache-t-elle autre chose ?

Mais plusieurs voix s’élèvent pour dénoncer d’autres raisons qui se cacheraient derrière cette situation. Selon Christophe Tharot, président du Syndicat national des pilotes de lignes (SNPL), la raison évoquée par Ryanair pour supprimer ses vols ne tient pas : « Jamais une compagnie n’a supprimé 2 000 vols soi-disant pour améliorer sa ponctualité. C’est un prétexte », affirme-t-il. Pour lui, la vraie raison se situe ailleurs : « Ryanair n’a plus suffisamment de pilotes pour assurer tous ses vols. Tout d’abord parce que le trafic aérien européen est en phase de croissance et que Ryanair a ouvert de nouvelles destinations cette année. Mais aussi parce que les compagnies se livrent une réelle concurrence pour recruter des pilotes », indique-t-il.

Et, selon lui, Ryanair n’est pas la compagnie sur laquelle se jettent les postulants : « Ceux qui ont le choix préfèrent se faire embaucher dans des compagnies offrant une meilleure rémunération, de meilleures conditions de repos et une plus grande stabilité du planning », affirme-t-il. Ce n’est pas un hasard, ajoute-t-il si la compagnie low cost se trouve actuellement acculée à cette situation : « Le pic d’activité pour les compagnies low cost se situe entre mars et octobre », précise-t-il.

Quelles que soient les réelles raisons de ces suppressions de vols, reste à savoir si elles ne vont pas entacher durablement l’image de marque deRyanair. Une hypothèse à laquelle ne croit pas l’expert de l’aéronautique interrogé par 20 Minutes : « Tant que la compagnie proposera les tarifs les moins chers, les passagers ne la bouderont pas. D’autant que les compagnies concurrentes de Ryanair connaissent aussi des problèmes de grèves, de retards et d’annulations », estime-t-il. « Mais cet épisode va peut-être inciter la compagnie à réviser sa politique de recrutement », espère Christophe Tharot.