• Les APL ont coûté 19 milliards à l’Etat en 2016.
  • Or, le gouvernement veut réduire ses dépenses publiques pour rester sous la barre des 3 % de déficit public.
  • Le gouvernement estime que les APL ont un effet pervers sur le montant des loyers.

Encore une menace de plus sur les APL. L’Opinion assurait mardi soir que les aides personnalisées au logement (APL) versées directement aux bailleurs sociaux pourraient subir une réduction allant jusqu’à 50 ou 60 euros par mois. Une information qui survient après l’annonce par le gouvernement cet été d’une baisse des APL de 5 euros par mois et par foyer à partir du mois d’octobre. 20 Minutes explique pourquoi le gouvernement lance une telle offensive contre les APL.

Il trouve ces aides très coûteuses

Le APL perçus par 6,5 millions de ménages, dont 800.000 étudiants (un sur trois), ont coûté 19 milliards à l’Etat en 2016. « Et le nombre de bénéficiaires est en augmentation constante depuis plusieurs années, car avec la crise et la montée du chômage, les revenus de nombreux foyers ont baissé », constate Eddie Jacquemart, directeur de la Confédération nationale du logement. Or, le gouvernement a annoncé un plan de réduction des dépenses publiques, qui doit permettre d’économiser 4,5 milliards d’euros avant la fin de l’année et 20 milliards d’euros en 2018 pour rester sous la barre des 3 % de déficit public. « Et la baisse des APL s’inscrit dans cette chasse aux économies. Même si cela fait dix ans que les gouvernements successifs s’en prennent aux APL. Ce qui est nouveau cette fois-ci, c’est la brutalité des mesures qui sont évoquées », commente Pierre Madec, spécialiste du logement à l’OFCE. « Or, selon les premières estimations, les mesures de baisse annoncées des APL pourraient permettre d’économiser environ 2 milliards d’euros par an », indique-t-il.

Il estime que les APL ne sont pas assez efficaces

Créée en 1977, l’APL devait favoriser l’accès au logement des ménages les plus modestes en réduisant leurs dépenses de loyer. « Et selon une étude de l’Insee, l’APL fonctionne bien et permet de réduire le taux d’effort des ménages », souligne Pierre Madec. Mais cette aide a aussi eu des effets pervers selon plusieurs études, qui ont montré qu’elle a contribué à faire grimper les loyers. Un argument repris par le gouvernement pour justifier sa volonté de raboter ces aides. Le ministre de la cohésion des territoires, Jacques Mézard expliquait d’ailleurs dans Le Figaro que : « quand on met 1 euro de plus sur l’APL, ça fait 78 centimes de hausse des loyers. Il faudra bien sortir de ce système qui est pervers », affirmait-il. « Certains propriétaires ont pris en compte le montant moyen de l’APL pour fixer leur loyer, surtout dans les zones tendues et sur les petites surfaces », affirme Eddie Jacquemart. « Il est vrai que lorsque l’on a revalorisé massivement les APL ou quand on a ouvert cette aide aux étudiants dans les années 1990, cela a entraîné une augmentation des loyers », renchérit Pierre Madec.

Mais ce rôle inflationniste des APL serait de moins en moins vrai selon lui : « Car une étude de l’Igas a montré qu’entre 2001 et 2010, les APL ont augmenté deux fois moins vite que les loyers de ceux qui la percevaient », souligne-t-il. Et selon Eddie Jacquemart, rien ne prouve que la baisse des APL ferait fondre les loyers : « les propriétaires refuseront plus facilement certains dossiers. Ce qui poussera des foyers modestes à s’éloigner de plus en plus des grandes villes », estime-t-il. « On risque de désolvabiliser certains locataires du privé rapidement. Et il faut regarder ce qui s’est passé au Royaume-Uni : la baisse des APL n’a pas eu d’effet sur l’augmentation des loyers », renchérit Pierre Madec. Des critiques qui montrent que le gouvernement devra redoubler d’efforts pour justifier son coup de rabot sur les APL.