• François Hollande avait promis d’inverser la courbe du chômage.
  • Cette promesse est réalisée selon l’Insee, mais pas selon Pôle emploi.
  • Les deux organismes comptabilisent les chômeurs de manière différente.

Elle est arrivée trop tard pour lui. L’Insee a dévoilé ce jeudi les chiffres du chômage pour le deuxième trimestre 2017 (avril-juin) : il s’établit désormais à 9,2 % de la population active en métropole. Un taux qui se rapproche de celui du premier trimestre 2012 (9,1 %), mais surtout, qui est en baisse de 0,5 point sur un an.

A priori, la fameuse inversion de la courbe du chômage a donc bien eu lieu. Trop tard pour François Hollande, qui avait eu cette phrase le 18 avril 2014, lors d’un déplacement dans une usine Michelin : « Si le chômage ne baisse pas d’ici à 2017, je n’ai, ou aucune raison d’être candidat, ou aucune chance d’être réélu ». Le président a tenu sa « promesse », puisqu’il a renoncé à se représenter fin 2016.

Question de définition

Cette victoire « posthume » n’en est pas forcément une… suivant l’indicateur que l’on prend. L’Insee définit le chômage après enquête via la norme définie par le Bureau international du travail (BIT) : ne pas avoir travaillé dans la semaine de référence de l’enquête, être immédiatement disponible pour un emploi, et rechercher du travail activement. Suivant cette définition, le chômage a bien diminué.

Mais tout change lorsqu’on prend les statistiques de Pôle emploi, et notamment la catégorie A, qui recense les « personnes sans emploi, tenues d’accomplir des actes positifs de recherche d’emploi ». Sous le quinquennat de François Hollande, le nombre de chômeurs inscrits dans cette catégorie, la plus scrutée, a largement progressé, dépassant la barre des 3 millions pour s’établir à 3,48 millions de personnes en juin 2017 (voir graphique ci-dessous).

En comptant les personnes ayant une activité réduite (catégories B et C), on arrive même à 5,5 millions de demandeurs d’emplois.

La courbe du chômage de 2012 à 2017 suivant les chiffres de Pôle Emploi (catégorie A, et catégories A+B+C)
La courbe du chômage de 2012 à 2017 suivant les chiffres de Pôle Emploi (catégorie A, et catégories A+B+C) - Pôle emploi -Dares, STMT, Données CVS-CJO.

Attention au halo

Alors, qui croire ? Les deux indicateurs ne mesurent pas la même chose, puisqu’ils n’ont pas la même base. Ainsi, la définition du BIT n’inclut pas ce qu’on appelle le « halo autour du chômage ». Il s’agit de personnes souhaitant travailler, mais qui soit ne sont pas immédiatement disponible, soit ne cherchent pas activement. Ce halo représentait 1,5 million de personnes au deuxième trimestre 2017.

Fin 2016, un rapport du Sénat pointait du doigt l’une des principales différences entre l’Insee et Pôle emploi : le traitement statistique des seniors. Par exemple, un senior inscrit à Pôle emploi en catégorie A et tenu de rechercher un emploi pourra être considéré au sens du BIT comme « sans espoir » de retrouver du travail, et ne sera donc pas comptabilisé par l’Insee. Les sénateurs avaient d’ailleurs noté qu’entre 2008 et 2016, le nombre de demandeurs d’emploi de plus de 55 ans inscrits à Pôle Emploi a grimpé de 580.000 « soit +430 % ».

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