Deliveroo: «La direction précarise le métier»... Les livreurs à vélo mobilisés contre un contrat à cinq euros la course

FOODTECH Les coursiers à vélo dénoncent une précarisation de leurs conditions de travail...

L.C.

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Un livreur Deliveroo à Grenoble, le 3 juin 2017.

Un livreur Deliveroo à Grenoble, le 3 juin 2017. — XAVIER VILA/SIPA

  • A partir du 28 août, tous les livreurs travaillant pour Deliveroo seront payés à la course, et non plus à l'heure.
  • Certains coursiers se mobilisent à Paris et Lyon ce vendredi pour protester contre ce nouveau mode de rémunération imposé par la plateforme britannique.

Après des rassemblements à Bordeaux et à Lyon, les livreurs à vélo de l’entreprise Deliveroo prévoient une mobilisation à Paris et Lyon ce vendredi. En cause, la modification de la grille de rémunération des coursiers par la plateforme qui met en relation des restaurants et des consommateurs. Le collectif des livreurs autonomes de Paris (CLAP) appelle « l’ensemble des 7500 livreurs Deliveroo des 20 villes françaises » à la grève dès 19 heures. « Face au baratin des responsables de Deliveroo et à leur menace de déréférencement, nous répondons résistance ! » indique son communiqué.

5 euros la course

Les livreurs qui ont commencé à travailler avec Deliveroo avant septembre 2016 sont payés 7,50 euros de l’heure, avec des primes de 2 à 4 euros par course. Les autres sont uniquement rémunérés à la course, à hauteur de 5 euros dans toute la France, et 5,75 euros à Paris. Dès le 28 août prochain, l’entreprise veut appliquer ce tarif à tous les livreurs. « 90 % des 7.500 bikers qui travaillent avec nous appliquent déjà ce tarif », indique l’agence en charge de la communication officielle de la société britannique.

« Ça supprime la sécurité du taux horaire », déplore un « biker » croisé ce vendredi midi. « L’après-midi, tu peux attendre longtemps avant d’avoir une course, 20 à 40 minutes », explique cet auto-entrepreneur dont la livraison à vélo est l’activité principale. Il arrive actuellement à en vivre mais s’interroge sur l’avenir : « j’ai un mois pour me préparer, je fais des calculs pour voir si je m’en sortirai ». Il s’inquiète aussi des conséquences de cette nouvelle rémunération : « les mômes, ils vont tracer, ils auront un chrono dans la tête pour faire plus de courses, plus vite. C’est dangereux ».

« C’est totalement démenti par les faits, répond-on chez Deliveroo. Les bikers qui ont ce contrat n’ont pas plus d’accidents. Notre taux d’accidentologie est très bas », affirme l’entreprise qui fournit gratuitement une assurance responsabilité civile aux coursiers, qui travaillent tous en indépendants.

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Une précarisation accrue ?

« La direction de Deliveroo précarise le métier, en disant que ce n’est qu’un complément de revenus et pas un emploi en soi. Or ce n’était pas le discours qu’on nous a tenu lorsque nous avons été embauchés. Pour nous attirer, ils nous ont dit au contraire que nous pourrions vivre en gagnant 2.000 euros par mois, et que l’ancienneté serait prise en compte », déclare à l’AFP Arthur Hay, secrétaire général du syndicat CGT des coursiers à vélo de la Gironde.

La plateforme affirme que les livreurs gagneront plus en passant à la rémunération par course quand la CGT chiffre des pertes de revenus « de l’ordre de 30 à 40 % ». Pour un coursier lillois contacté par 20 Minutes, « l’ancien contrat encourageait les coursiers canapés », qui étaient « mieux payés que les nouveaux ».