A la Société générale, «on fait semblant» d'avoir un corps d'inspection

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Publié le 5 février 2008.

ECONOMIE - Un ancien inspecteur de la banque dénonce les failles de l'inspection à la SocGén...

Des traders poussés à faire un maximum de profits, un corps d'inspection sans pouvoir réel, une direction qui le sait mais ne réagit pas: telle est la réalité de la Société générale décrite par Maxime Legrand, ancien inspecteur de la banque de 2001 à 2004.

«L'inspection est directement rattachée au président», explique M. Legrand. C'est un corps qui effectue des contrôles périodiques et est distinct du «back-office», chargé du contrôle opérationnel, qui est lui permanent.

«Un corps d'inspection qui ne voit pas les risques»
Le PDG Daniel Bouton «voit une fois par an tous les inspecteurs ensemble pour faire un point du contrôle des risques dans la banque. C'est un peu "son" corps, les 70 à 100 chasseurs des risques», raconte ce normalien qui rédige actuellement une thèse d'économie à l'EHESS sous la direction de Thomas Piketty.

>>> Pour retrouver les explications du gouverneur de la Banque de France, cliquez ici...

«Tous les ans il nous remontait les bretelles en disant que, à chaque fois qu'il y avait un risque, on ne l'avait pas vu. Il sait qu'il a un corps d'inspection qui ne voit pas les risques et il le laisse comme ça.»

Selon M. Legrand, les limites de l'inspection tiennent d'abord à son mode de recrutement, avec des employés qui «sortent de l'école» sans connaître «grand chose aux traders».

«Les gars n'ont pas le niveau»
«Travailler dans une salle de marché, c'est un métier très spécialisé (...) Un trader vous dira que» les inspecteurs «par moment sont un peu approximatifs», souligne-t-il, ajoutant: «Les gars n'ont pas le niveau».

«Moi personnellement, je n'avais pas le niveau pour détecter exactement les risques qu'il pouvait y avoir. Comme l'inspection n'a pas assez de pouvoir dans cette banque, on ne nous donne pas le temps nécessaire, ni les moyens pour vérifier» certaines choses, poursuit-il.

Parallèlement, «les traders sont poussés à faire beaucoup d'argent» et donc ne se laissent pas «embêter par des inspecteurs».

Hypocrisie du management
«Quand j'étais à l'inspection, des vieux traders viraient quasiment à coups de pieds dans les fesses des chefs de mission d'inspection qui avaient 5 ou 6 mois d'expérience en leur disant: "Vous reviendrez quand vous aurez des questions intelligentes à me poser"», raconte-t-il.

«C'est là qu'est toute l'hypocrisie du management de la Société générale: tout ça se sait. On fait semblant d'avoir une inspection pour faire plaisir à la commission bancaire», ajoute-t-il. Or, «Moi, je n'ai jamais vu passer une note en salle des marchés sur le thème du contrôle des risques, de l'attention qu'ils devaient porter aux risques», remarque l'ancien inspecteur.

Maxime Legrand a quitté la Société générale en 2004 pour conseiller le président de la Région Ile-de-France, Jean-Paul Huchon (PS). «Je n'ai pas d'animosité vis-à-vis de la Société Générale», assure-t-il. Mais il en avait assez «de voir que les rapports d'inspection ne servaient pas à grand chose sauf à servir d'accoudoir à la commission bancaire», lâche-t-il.

Réagissant à ces déclarations, une porte-parole de la Société générale a affirmé sans plus de précision: «Les propos tenus par Maxime Legrand sont diffamatoires, ses motivations sont d'ordre personnel».

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