Renault: Les actionnaires se retrouvent dans un climat tendu

DEFIANCE Les actionnaires de Renault sont convoqués ce jeudi en assemblée générale pour évoquer le possible système visant à gonfler la rémunération déjà controversée de Carlos Ghosn...

D. D. avec AFP

— 

Le PDG de Renault-Nissan, Carlos Ghosn, a un appétit sans fin. Il pourrait bénéficier d'un montage opaque pour passer outre les régulations françaises sur les salaires des grands patrons.

Le PDG de Renault-Nissan, Carlos Ghosn, a un appétit sans fin. Il pourrait bénéficier d'un montage opaque pour passer outre les régulations françaises sur les salaires des grands patrons. — FRED DUFOUR AFP

L'assemblée générale s'annonce crispée chez Renault. Plusieurs centaines de détenteurs de titres vont se retrouver ce jeudi à partir de 15h15 dans une grande salle parisienne pour approuver les comptes 2016 du constructeur automobile français. Ils devront aussi pourvoir à la nomination de plusieurs nouveaux administrateurs ainsi que voter les émoluments de l’emblématique Carlos  Ghosn, PDG depuis douze ans. C’est ce dernier point qui irrite les actionnaires.

>> A lire aussi : Renault-Nissan: Comment Carlos Ghosn pourrait augmenter (grassement) son salaire sans l'aval des actionnaires

Une rémunération jugée excessive

En 2016, le dirigeant a touché 7 millions d’euros de Renault, dont 1,23 million de fixe. La différence - en numéraire ou en actions récupérables à terme - étant calculée sur des critères de performance. Les actionnaires seront invités à donner un avis consultatif sur ces éléments.

Il s’agira ensuite d’approuver la rémunération de Carlos Ghosn pour 2017, un vote rendu contraignant par la loi « Sapin 2 » et dont l’issue reste incertaine. Un vote négatif constituerait un deuxième désaveu de suite, 54 % des détenteurs de titres représentés à l’assemblée générale ayant refusé sa rémunération en 2016.

Le conseil d’administration était passé outre et avait validé la rémunération, suscitant des critiques du patronat et du ministre de l’Economie de l’époque, Emmanuel Macron. La controverse avait poussé le gouvernement à renforcer l’arsenal législatif sur la gouvernance des sociétés (le premier actionnaire de Renault est l’Etat avec 19,74 %).

L’Etat votera contre la rémunération

Bercy a confirmé que les représentants de l’Etat voteraient, cette année encore, contre la rémunération de Carlos Ghosn. Renault, qui doit convaincre une forte majorité des autres actionnaires, a fait œuvre de davantage de transparence sur les critères de performance déterminant la part variable de la rémunération du PDG. Carlos Ghosn ne risque cependant pas une amputation de ses revenus : en cas de rejet des règles pour 2017, celles de 2016 s’appliqueront. Certains actionnaires pourraient être hérissés par des informations publiées cette semaine selon lesquelles l’alliance Renault-Nissan réfléchirait à un système de bonus supplémentaires pour ses dirigeants, dont M. Ghosn, à travers une société dédiée aux Pays-Bas.

Un montage opaque pour échapper à la loi française

Leurs banquiers ont beaucoup d’imagination. Selon des documents consultés par Reuters, la création d’une structure opaque permettra « de verser des millions d’euros de bonus supplémentaires » au PDG de l’alliance, Carlos Ghosn, ainsi qu’à d’autres managers. Concrètement, les documents prévoient que les fonds soient virés directement à la société hollandaise, pays à la fiscalité avantageuse. Comme le souligne Reuters, cela aurait un double avantage pour Carlos Ghosn : cette rémunération échapperait « à la supervision des actionnaires », et serait exonérée des « charges sociales françaises ».

La rémunération totale de Carlos Ghosn en 2016 a atteint 15,4 millions d'euros une fois pris en compte son salaire de PDG chez Nissan, ce qui fait de lui le patron le mieux payé du CAC 40, selon le cabinet de conseil Proxinvest.