Hausse de la CSG: Qui seront les gagnants…et les perdants?

FISCALITÉ La réforme ne fera pas que des heureux…

N.R. avec AFP

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Une figurine sur un bulletin de salaire mentionnant la CSG

Une figurine sur un bulletin de salaire mentionnant la CSG — Joel Saget AFP

  • La hausse de la CSG doit entrer en vigueur le 1er janvier 2018.
  • Les salariés seront les principaux bénéficiaires de la réforme grâce à la suppression des cotisations.
  • La majorité des retraités sera pénalisée.

C’est une promesse de campagne qui va devenir réalité. Pour financer la protection sociale, le gouvernement veut augmenter la contribution sociale généralisée (CSG), en contrepartie de la suppression des cotisations chômage et maladie des salariés. La mesure devrait être intégrée au projet de loi de finances de cet automne, pour entrer en vigueur le 1er janvier 2018.

Grâce à cette mesure, le gouvernement assure vouloir redonner « sept milliards d’euros de pouvoirs d’achat aux actifs ». Néanmoins, Bercy va utiliser une astuce pour appliquer la réforme : comme le révèle le journal Les Echos, la hausse de la CSG sera réalisée en une fois, alors que la baisse des cotisations sera faite en deux temps.

Astuce budgétaire

Dans un communiqué publié le 23 août, le ministère de l’Action et des Comptes publics a confirmé l’information, expliquant que « leur gain [de pouvoir d’achat] sera amplifié par une seconde baisse des cotisations à l’automne 2018 ». But de la manœuvre : faire rentrer temporairement plus d’argent dans les caisses, afin de réduire le déficit.

Au-delà de cette petite astuce de Bercy, la réforme continue de diviser. Fin mai, dans une interview au JDD, le Premier ministre Edouard Philippe expliquait qu’il fallait la juger « dans son ensemble ». Pourtant, elle est loin d’avoir les mêmes effets sur toutes les catégories de la population.

Ils vont y gagner : les salariés… jusqu’à un certain niveau de revenu, les fonctionnaires et les indépendants

La suppression des cotisations représente 3,15 % du salaire pour les salariés du privé. La hausse de la CSG (+1,7 point) n’annulera pas ce gain de pouvoir d’achat. Selon La République en marche, un salarié payé au Smic gagnera 260 euros de plus par an grâce à la réforme. Un salarié touchant 2.200 euros nets par mois aura 500 euros de plus chaque année.

Seule limite : les très gros salaires – au-delà de 35.000 euros mensuels – ne bénéficieront pas du coup de pouce. « A la différence de la CSG, les cotisations sont plafonnées, explique à 20 Minutes Philippe Crevel, directeur du cercle de l’Epargne. Les salariés très bien payés devront donc payer plus qu’actuellement ».

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La réforme, une illusion ?

Concernant les fonctionnaires et les indépendants – qui payent la CSG, mais pas les cotisations – le gouvernement a prévu toute une série de compensations pour leur faire bénéficier de la réforme. Selon Les Echos, les fonctionnaires pourraient ainsi bénéficier d’une prime ou d’une hausse du point d’indice. Dans son communiqué du 23 août, Bercy précise que « des discussions auront lieu dès l’automne 2017 (…) pour définir les modalités d’une compensation de la hausse de la CSG pour les fonctionnaires. »

Mais pour plusieurs économistes, la réforme n’entraînera aucun gain de pouvoir d’achat à long terme. Dans une note de blog, Henri Sterdyniak, chercheur à l’OFCE et membre des Economistes atterrés, affirme que « la mesure n’est pas favorable aux salariés puisque tant leur droit à l’assurance chômage que leur taux de remplacement à la retraite seraient fragilisés. [La réforme] risque d’aboutir à remplacer une prestation d’assurances sociales (…) par une prestation uniforme, de faible montant ».

Ils vont y perdre : une grande partie des retraités… et les propriétaires bailleurs

« Les grands perdants sont évidemment les retraités qui sont soumis à la CSG au taux normal [6,6 %] » remarque Philippe Crevel, soit environ 60 % de cette catégorie. Ainsi, un couple de retraités devra payer plus si sa pension dépasse 22.051 euros annuels. Un retraité célibataire sera quant à lui pénalisé s’il touche plus de 14.375 euros par an.

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Autre groupe potentiellement concerné : les propriétaires qui louent un ou plusieurs logements. En effet, la CSG est aussi prélevée sur les revenus tirés de la location. « Les propriétaires se sentent un peu dans l’œil du cyclone » affirme Philippe Crevel. Car outre cette réforme, ils pourraient aussi subir celle de l’ISF, qu’Emmanuel Macron veut réserver à l’immobilier.