VIDEO. Menace de fermeture de GM&S Industry en Creuse : Usine «piégée», salariés déterminés… Un dossier à risque pour Macron

REPORTAGE Les 277 employés se battent pour empêcher la liquidation de leur usine. Des représentants syndicaux seront reçus vendredi après-midi au ministère de l’Economie…

Nicolas Raffin

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Les presses de l'usine de La Souterraine sont à l'arrêt complet depuis une semaine.

Les presses de l'usine de La Souterraine sont à l'arrêt complet depuis une semaine. — Nicolas Raffin/20 Minutes

De notre envoyé spécial dans la Creuse

« On va tout péter ». La menace écrite est accompagnée de plusieurs bouteilles de gaz reliées entre elles, non loin d’une machine broyée pour l’exemple. Et dans les entrailles de l’usine de La Souterraine, les délégués syndicaux affirment que des barils d’essence prêts à être incendiés ont été disposés dans les fosses remplies d’huile. « La Creuse, c’est une terre de résistance, c’est culturel de se défendre et de ne pas se laisser faire » lance Franck Cariat, délégué CGT. Le dossier du deuxième employeur privé du département s’annonce déjà très complexe à gérer pour le président Emmanuel Macron. Une délégation de salariés doit d'ailleurs être reçue ce vendredi à Bercy. 

Mais pourquoi les salariés de GM&S Industry, équipementier automobile, en sont-ils arrivés à piéger leur usine ? Pour comprendre, il faut pousser la porte des grands ateliers répartis sur 22.000 mètres carrés. Ce qui frappe une fois à l’intérieur, c’est le silence. Les énormes presses, d’habitude si bruyantes pour modeler les pièces, sont à l’arrêt depuis une semaine.

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Commandes en baisse

Yann Augras, autre délégué CGT, assure le tour du propriétaire, en compagnie de Patrick, salarié de longue date de GM & S. Ensemble, ils détaillent avec précision chaque machine et décrivent la production de leur usine pièce par pièce. Une connaissance qui selon eux fait leur force : « On fabrique des produits finis, comme des carters d’huile. Notre valeur ajoutée se trouve là » explique Yann, en montrant des pièces neuves entassées dans des bacs.

Yann Augras et Patrick devant l'une des presses de GMS.
Yann Augras et Patrick devant l'une des presses de GMS. - Nicolas Raffin/20 Minutes

 

Mais ce savoir-faire n’est plus suffisant aujourd’hui. Faute d’un carnet de commandes suffisamment garni, l’entreprise est en redressement judiciaire depuis décembre. Les salaires d’avril et de mai ont été versés grâce à une aide de la région Nouvelle-Aquitaine. Et la semaine prochaine, le 23 mai, le tribunal de commerce de Poitiers pourrait prononcer la liquidation totale de l’entreprise.

Dialogue en panne

Le temps presse, et les syndicats estiment que PSA et Renault, principaux clients de GM & S, font peu d’efforts pour sortir l’usine de l’impasse. « Pour garder un maximum de salariés, il faudrait qu’on réalise un chiffre d’affaires autour de 30 millions d’euros par an, estime Yann Augras. Or aujourd’hui, PSA ne s’est engagé que sur 11 millions d’euros de commandes, et Renault sur 5 millions ».

Interrogé par l’AFP la semaine dernière, PSA s’était défendu. « Nous sommes le seul client à avoir maintenu notre niveau de chiffre d’affaires alors que les autres clients ont sciemment abandonné GM & S » avait expliqué un porte-parole du groupe. Jeudi, le préfet de la Creuse, Philippe Chopin, a indiqué qu’il attendait toujours des « engagements écrits » des constructeurs français. Le dialogue semble donc au point mort.

« Il n’y a pas de casseurs ici »

Malgré tout, Christian veut encore y croire. A 58 ans, cet ouvrier compte déjà 38 années d’ancienneté sur le site de La Souterraine. Pour lui « tant qu’on n’est pas morts, il y a encore un peu d’espoir. Je suis conscient qu’il risque d’y avoir de la casse sociale, mais je pense que c’est encore jouable ». Lorsqu’on lui demande s’il serait prêt à « faire sauter » son usine, le regard de Christian se voile et des sanglots montent dans sa gorge : « Je n’y pense pas, j’espère qu’il se passera quelque chose avant » soupire-t-il.

Christian devant l'un de ses postes de travail, à l'atelier de tôlerie.
Christian devant l'un de ses postes de travail, à l'atelier de tôlerie. - Nicolas Raffin/20 Minutes

« Il n’y a pas de casseurs ici, renchérit Mickaël, salarié de GM & S depuis 15 ans. Mais s’il n’y a pas d’actes forts, on n’est pas entendus. ». De fait, les ouvriers l’assurent : dès qu’ils auront un engagement ferme et signé qui assure la pérennité du site, ils se remettront au travail. « S’il faut venir bosser les week-ends pour rattraper le retard, on le fera » lance Yann Augras. En attendant, les bonbonnes de gaz restent toujours suspendues à l’entrée de l’usine, comme un avertissement.

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