GM&S Industry en péril: «Demain, il n’y aura plus rien ici, vous viendrez de Paris pour nous jeter des cacahuètes»

REPORTAGE Cette menace sur l’emploi n’est pas nouvelle pour les habitants de La Souterraine dans la Creuse…

Nicolas Raffin

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Pour Michel Langlais, patron d'un bar à La Souterraine, "la fermeture de GM&S aura forcément un impact sur la ville".

Pour Michel Langlais, patron d'un bar à La Souterraine, "la fermeture de GM&S aura forcément un impact sur la ville". — Nicolas Raffin/20 Minutes

  • L’usine est menacée de liquidation judiciaire, 277 salariés sont concernés
  • Les habitants se sentent dépassés par la situation
  • La ville a déjà connu une grande fermeture d’usine dans les années 1990

De notre envoyé spécial dans la Creuse,

A La Souterraine, deuxième ville la plus peuplée du département de la Creuse avec 5.400 habitants, le sort de l’usine GM & S et de ses 277 salariés est loin d’être anecdotique. Le sous-traitant automobile est en difficulté depuis que les commandes, majoritairement en provenance de PSA et de Renault, se sont raréfiées au fil des années. Résultat, le sort du deuxième employeur privé de Creuse pourrait très vite devenir un casse-tête pour le nouveau président Emmanuel Macron.

« Il n’y aura plus rien ici, vous viendrez de Paris nous jeter des cacahuètes »

En attendant la décision du tribunal de commerce de Poitiers le 23 mai, qui pourrait décider de liquider l’entreprise, les Sostraniens rencontrés ce jeudi oscillent entre plusieurs sentiments. Pour Sylvie, qui travaille au foyer de jeunes travailleurs depuis plus de vingt ans, cette menace de fermeture « c’est récurrent, c’est toujours la bataille ». GM & S subit en effet son troisième redressement judiciaire en 10 ans. Sylvie est agacée par le traitement médiatique réservé aux sociétés en difficulté : « On trouve normal que toutes les entreprises mettent la clé sous la porte, les sujets ne sont pas mis en avant dans les journaux télévisés ».

A côté d’elle, Pierre Decoursier, le directeur du foyer, reconnait que « si l’usine ferme, cela représentera un manque à gagner pour nous ». En plus d’héberger des intérimaires, la structure sert aussi de cantine à plusieurs salariés de GM & S. « Ils représentent une soixantaine de couverts par semaine », indique Pierre, qui conclut avec une remarque un brin désabusée sur l’avenir de la ville : « Demain, il n’y aura plus rien ici, vous viendrez de Paris pour nous jeter des cacahuètes, on sera devenu un zoo, une réserve ».

« On n’est pas les seuls à être en difficulté »

Pour Michel Langlais, patron d’un bar, le calcul est simple : « les employés de l’usine viennent prendre un café le matin, ils achètent du pain à la boulangerie, le soir ils vont boire un coup. Si ça ferme, il y aura forcément un impact sur la ville. » Aurélia, employée d’une boutique d’ameublement dans le centre-ville, ne dit pas autre chose. « Le sort de l’usine nous inquiète pour le commerce mais surtout pour les familles. Il y a des couples qui travaillent là-bas, que vont-ils devenir ? », se demande-t-elle.

Cette question est loin d’être nouvelle pour La Souterraine. Car outre les difficultés récurrentes de GM & S, la petite cité de la Creuse a déjà subi la fermeture en 1992 de l’usine de vêtements Vet Sout, qui fabriquait notamment des costumes. « Il y a eu le textile, maintenant c’est au tour de l’industrie », constate Fabrice. Attablé à la table d’un bar PMU, ce salarié de GM & S fait un constat amer : « On nous dit que notre dossier est prioritaire, mais on n’est pas la seule entreprise à être en difficulté. Tati, La Halle aux Chaussures sont aussi concernés. Et à l’arrivée, tout le monde ne pourra pas être satisfait. »

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