La récession économique mondiale nous guette-t-elle?

DECRYTAGE Pour tout comprendre sur la crise qui secoue les marchés financiers...

Catherine Fournier

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L'humanité est plus pessimiste envers le devenir de l'économie mondiale et pense majoritairement que la planète est de moins en moins sûre, selon un sondage publié jeudi par le Forum économique mondial.

L'humanité est plus pessimiste envers le devenir de l'économie mondiale et pense majoritairement que la planète est de moins en moins sûre, selon un sondage publié jeudi par le Forum économique mondial. — Chris Young AFP/Archives

Les bourses américaines, européennes et asiatiques dégringolent, le secteur bancaire américain essuie de lourdes pertes (Merrill Lynch accuse ainsi une perte de 7,8 milliards de dollars en 2007), et la consommation outre-Atlantique plonge. Tous les indicateurs d’une possible récession de la première économie mondiale sont présents. Comment en est-on arrivé là? L’Europe et plus particulièrement la France peuvent-elles être affectées? Quelles sont les options pour sortir de la crise? 20minutes.fr fait le point.  

Qu’est-ce qu’une récession économique? On parle de récession quand le Produit intérieur brut (PIB) d’un pays baisse sur deux trimestres consécutifs.

Les Etats-Unis ne seraient pas encore dans ce cas de figure. Selon Natixis, qui évalue à 40% le risque de récession, la croissance s’élèverait à 0,3% en rythme annualisé au premier trimestre 2008 et à 0,9% au second trimestre. On observerait donc une légère augmentation, même si le risque de passer en négatif n’est pas écarté. «Il suffit d’une forte hausse du taux de chômage comme en décembre (+ 0,3%, passant à 5%)», explique à 20minutes.fr Nathalie Dezeure, économiste à Natixis. «Lors de la précédente récession, le taux de chômage était tout de même plus élevé qu’actuellement», relativise-t-elle.

Comment en est-on arrivé là? «L’éclatement de la bulle immobilière», répondent en cœur les experts. «Tout est parti de l’excès d’endettement des ménages américains», détaille Nathalie Dezeure. De nombreux économistes reprochent à la Banque fédérale américaine (la Fed) et son ex-patron, Alan Greenspan, de ne pas avoir encadré la croissance du crédit hypothécaire à risque («subprime»). Dean Baker va jusqu’à dire dans «Libération» daté de jeudi que la bulle de l’immobilier a été créée pour enrayer la récession due à l’explosion de la précédente bulle Internet en 2001...

L’Europe et la France peuvent-elles être affectées? Tout dépend de l’intensité de la crise aux Etats-Unis. Mais les remous des marchés financiers américains ont déjà atteint les bourses européennes. «Si nos banques se mettent à être plus restrictives sur les conditions d’emprunt, cela va impacter la conjoncture française, c’est sûr», prévient Alexandre Law, économiste à l’institut Xerfi.

Du côté du commerce extérieur avec les Etats-Unis, l’«Irlande, la République tchèque et le Royaume-Uni sont bien plus exposés que la France», relève Jean-Christophe Caffet, de Natixis. «Mais si ces derniers sont touchés, la France finira par l’être aussi», précise-t-il, soulignant que «l’exposition au risque de récession américaine est asymétrique selon les pays de la zone euro». Alexandre Law confirme: «Si le dollar dévisse, la France pâtira davantage de la surévaluation de l’euro.» Comprendre: ses produits, davantage soumis à la concurrence des pays émergents que ceux de l’Allemagne, plus spécialisés, seront plus difficiles à exporter aux Etats-Unis.      

Comment sortir de la crise? La banque fédérale américaine devrait annoncer fin janvier une baisse des taux d’intérêt directeurs de 0,5 point, passant de 4,25 à 3,75% (contre 4% pour la Banque centrale européenne). Et ce afin de permettre aux banques de relâcher un peu leurs conditions d’emprunt en vue de relancer la consommation et donc la croissance. «Un coup de pouce fiscal devrait également être donné aux ménages», estime Nathalie Dezeure. On éviterait alors le pire. Toutefois, selon Yves Marçais, stratégiste de Global Equities à Paris, la «divergence de points de vue de la Fed et de la BCE, l'une se préparant à baisser ses taux et l'autre disant qu'elle va peut-être les remonter», contribue à la défiance des investisseurs. «Si on regarde l'histoire, ajoute-t-il, il faut se souvenir qu'en 1987 c'est ce type de désaccord, entre Bundesbank et Fed à l'époque, qui avait mené au krach boursier. Il faut espérer que les banquiers centraux seront assez intelligents pour s'en souvenir».

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