Présidentielle: Les quatre défis économiques qui attendent Emmanuel Macron

PROGRAMME Il y a largement de quoi s’occuper pendant les cinq années qui arrivent…

Nicolas Raffin

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Emmanuel Macron lors d'une visite du quartier de la Coudraie, à Poissy.

Emmanuel Macron lors d'une visite du quartier de la Coudraie, à Poissy. — Nicolas Messyasz / Sipa Press//NICOLASMESSYASZ_2016_10_06a_689a/Credit:NICOLAS MESSYASZ/SIPA/1610061732

  • Emmanuel Macron doit résoudre plusieurs problèmes, notamment celui du chômage
  • Sa politique divise les économistes

Il est élu, mais le plus dur est encore à venir. Dans les prochaines semaines, Emmanuel Macron va se retrouver en première ligne. Comme il l’a souvent répété pendant sa campagne, il veut aller vite en gouvernant par ordonnances sur certains sujets, notamment économiques. Quels sont les chantiers prioritaires du nouveau président ?

Faire baisser le chômage. Emmanuel Macron arrivera-t-il à gagner le pari perdu par François Hollande ? Entre mai 2012 et mars 2017 (derniers chiffres publiés), on dénombre 600.000 chômeurs de plus inscrits dans la catégorie A de Pôle Emploi (de 2,9 à 3,5 millions). La légère baisse (-0,9 %) sur la dernière année du quinquennat n’aura pas suffi à enrayer les années précédentes.

L'évolution du nombre de demandeurs d'emploi inscrits en catégorie A entre 2012 et 2017.
L'évolution du nombre de demandeurs d'emploi inscrits en catégorie A entre 2012 et 2017. - Pôle Emploi

Pour Nicolas Bouzou, économiste et fondateur du cabinet de conseil Asterès, les mesures prévoyant de donner plus de liberté aux entreprises vont dans le bon sens : « Tout ce qui vise à compléter la loi El Khomri, comme le barème obligatoire en cas de licenciements, est indispensable pour permettre une flexibilité du marché du travail, affirme-t-il. La négociation sur le temps de travail va également permettre aux entreprises d’être plus en phase avec leur marché. »

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Une vision que rejette Dany Lang, membre des Economistes atterrés et maître de conférences à l’université Paris-13. « Cela fait 30 ans qu’on baisse le coût du travail, qu’on baisse les cotisations sociales, qu’on compte aussi sur la flexibilité. On voit le résultat, lance l’économiste. Donc la même logique intensifiée - parce que c’est l’intention qu’a Emmanuel Macron - ne peut avoir que des effets dévastateurs. Les 50 milliards d’euros de relance qu’il prévoit, dont seulement 15 milliards pour la transition écologique, c’est ridicule par rapport aux montants qui sont nécessaires. On ne va pas aller très loin avec ça alors qu’on a un gisement d’emploi qui est massif. »

Améliorer la compétitivité des entreprises françaises. La compétitivité, qui désigne l’aptitude des entreprises à faire face à la concurrence (locale, nationale, mondiale) est-elle au rendez-vous ? Si on prend comme indicateur le solde commercial, qui fait la différence entre exportations et importations de marchandises, le bilan est loin d’être à l’avantage des entreprises françaises. Depuis plus de 10 ans, la France importe en effet beaucoup de produits plus qu’elle n’en vend à l’étranger. Au premier trimestre 2017, le solde commercial était négatif, avec un déficit de 19,9 milliards d’euros.

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« On entend beaucoup de bêtises là-dessus, assène Dany Lang. La compétitivité ne se résume pas qu’au coût. L’Allemagne, par exemple, s’est spécialisée dans les produits haut de gamme (voitures, machines-outils). On oublie cet aspect de montée en gamme, qui n’est pas présent dans le programme du nouveau président. Plutôt que d’être obsédé par la compétitivité-coût, on devrait se concentrer sur la réindustrialisation. »

Nicolas Bouzou abonde : « Il faut accélérer l’innovation dans notre pays, et cela passe par des mesures fiscales. L’idée, c’est de rediriger l’épargne des ménages vers les entreprises. Le programme d’Emmanuel Macron sur l’épargne et sur la réforme de l’impôt sur la fortune permettra de libérer les investissements nécessaires. »

Maîtriser la dette et le déficit public. Quand on parle de déficit public, une date revient souvent : 1974. C’est la dernière année où les recettes de l’Etat étaient supérieures aux dépenses. Depuis, il faut sans cesse emprunter pour combler le déficit, et donc contracter une dette. Fin 2016, son total s’élevait à plus de 2140 milliards d’euros (96 % du PIB), sachant que la charge de la dette représente chaque année 44 milliards d’euros.

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Nicolas Bouzou estime que le nouveau chef de l’Etat « peut être un peu plus volontariste sur la baisse des dépenses publiques : 60 milliards d’euros d’économies, c’est très peu sur 5 ans. Aujourd’hui on peut développer le numérique pour baisser les dépenses de l’Etat et le nombre de fonctionnaires. Ces économies nous prémuniraient contre le risque d’insolvabilité de l’Etat. Si demain il y a une crise, c’est mieux d’avoir des finances publiques saines. »

« Vouloir réduire le déficit en réduisant les dépenses publiques dans une période de faible activité, ça ne fait qu’aggraver la récession et creuser le déficit public puisque cela réduit l’activité, donc les rentrées fiscales » rétorque Dany Lang. Selon cet économiste, « ce qu’il faut regarder, c’est le taux d’intérêt payé sur la dette publique à 10 ans par rapport au taux de croissance : si ce dernier est supérieur, le déficit diminue mécaniquement. »

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Restaurer la confiance des ménages. Le moral des ménages et des entreprises est « un facteur absolument essentiel » pour Dany Lang. Le professeur de Paris-13 se montre assez pessimiste sur ce point : « pour les ménages, avoir des contrats de travail plus flexibles, un rapport de force plus favorable à l’employeur, donc une stagnation voire une baisse des salaires accompagnée d’une baisse des prestations sociales et d’une hausse de la CSG, je ne vois pas comment la confiance pourrait repartir. »

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De son côté, Nicolas Bouzou demande de laisser du temps au nouveau président. « La confiance ne sera peut-être pas au rendez-vous tout de suite, argumente-t-il. Les réformes vont créer beaucoup d’opposition dans les mois à venir. La France risque d’être bloquée, ce sera long, il faudra tenir car ce sont de bonnes réformes ».