Présidentielle: Ce que Marine Le Pen et Emmanuel Macron veulent faire avec vos impôts

FISCALITE Les candidats s’attardent évidemment sur les baisses et les suppressions…

Nicolas Raffin

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Un avis de taxe foncière en 2015.

Un avis de taxe foncière en 2015. — LODI FRANCK/SIPA

Quelle politique fiscale après le quinquennat de François Hollande ? Ce dernier peut schématiquement se découper en deux périodes : d’abord une hausse d’impôts en 2012 pour tenter de combler les déficits, puis, face au « ras le bol fiscal » décrit par Pierre Moscovici, des baisses ciblées les années suivantes. Les entreprises, avec le CICE et le pacte de responsabilité, ont été les principales gagnantes de cette seconde période.

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Au final, le bilan est en demi-teinte. Le déficit a bien été réduit depuis 2012. Mais le taux de prélèvements obligatoires (incluant les taxes et impôts perçus par l’Etat et les collectivités, ainsi que la Sécurité Sociale) devrait atteindre 44,5 % en 2017. C’est 0,7 point de plus qu’au début du quinquennat. Face à cette situation, Emmanuel Macron et Marine Le Pen ont des approches différentes.

Impôt sur le revenu : Baisse et « flat tax »

Les finalistes de l’élection présidentielle s’adressent à deux cibles différentes sur ce point. La candidate frontiste promet de baisser de 10 % les trois premières tranches de l’impôt sur le revenu. Interrogé en avril par 20 Minutes, Olivier Grenon-Andrieu, président de la société de gestion Equance, estimait qu’une « une baisse sur les premières tranches de l’impôt sur le revenu, ce n’est pas idiot, mais cela va concerner trop peu de monde. Il faudrait plutôt que tout le monde paye cet impôt, avec des taux revus à la baisse ». En effet, seulement 45 % des foyers fiscaux s’en acquittent aujourd’hui, selon  la direction générale des finances publiques.

Le candidat d’En Marche !, de son côté, se concentre sur les revenus tirés de l’épargne (intérêts, dividendes, plus-values). Il souhaite instaurer une « flat-tax » - ou prélèvement forfaitaire unique (PFU) - de 30 %, qui s’appliquerait quelle que soit la destination de l’épargne. Toutefois pour l'assurance vie, ce prélèvement forfaitaire de 30% (contre 23% aujourd'hui) ne s'appliquerait qu'aux nouveaux versements et aux contribuables disposant de plus de 150.000 euros en assurance-vie.
 

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Impôt de solidarité sur la fortune : maintien ou transformation ?

Pas de surprise du côté de Marine Le Pen, qui veut maintenir l’ISF dans sa forme actuelle. Actuellement acquitté par 343.000 ménages, il a rapporté 5,9 milliards d’euros à l’Etat en 2015. Mais pour Emmanuel Macron, cet impôt « conduit des centaines de contribuables à s’expatrier chaque année ». Il souhaite donc le remplacer par l’IFI (impôt sur la fortune immobilière), pour inciter les plus riches à placer leur argent dans les entreprises pour développer l’économie au lieu d’investir dans la pierre.

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Mais le feront-ils vraiment ? Dominique Plihon, économiste et membre du conseil scientifique d’Attac, en doute : « Si on taxe moins les actions et les revenus de l’épargne, le financement des entreprises ne sera pas forcément favorisé, assure-t-il. En France, au niveau global, la contribution de la Bourse au financement de l’économie est marginale. Ensuite, il va y avoir un accroissement des inégalités entre ceux qui ont de l’immobilier et qui continueront à payer l’ISF, et ceux qui ont des actions [et qui n’en paieront plus]. Cela va discriminer les ménages ayant un revenu modeste, qui ont hérité d’un appartement en centre-ville, et dont la valeur a augmenté. »

Impôts locaux : exonération vs économies

Pour éviter en partie ce problème, le candidat d’En Marche ! promet d’exonérer 80 % des ménages de la taxe d’habitation, décrite comme un « impôt injuste ». Mais là encore, Dominique Plihon se montre sceptique : « pour les collectivités locales….c’est irresponsable. Elles sont les principales bénéficiaires de la taxe d’habitation. Sa suppression va avoir des effets dramatiques sur leur budget et amener des déficits. Elles devront réduire leurs investissements et leurs prestations, souvent à destination des plus modestes ».

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Emmanuel Macron écrit de son côté que « l’autonomie fiscale et les ressources des collectivités seront entièrement préservées : l’Etat paiera la taxe d’habitation à la place des ménages et à l’euro près ». Selon l’institut Montaigne, cela représenterait 8 milliards d’euros annuels de dépenses supplémentaires. Marine Le Pen promet quant à elle le « gel » de l’augmentation de cette taxe, voire une baisse « pour les plus modestes ».

Taxe sur la valeur ajoutée (TVA) et contribution sociale généralisée (CSG) : des ajustements

La TVA est l’impôt qui rapporte le plus chaque année ( environ 145 milliards d’euros), quasiment la moitié des recettes fiscales de l’Etat. La CSG quant à elle, concerne presque tout le monde puisque sa base taxable est très large (salaires, retraites, allocations-chômage et sécurité sociale). Si Marine Le Pen promet de « refuser » toute hausse de la TVA et de la CSG, le raisonnement d’Emmanuel Macron est différent.

L’ancien ministre de François Hollande envisage une hausse de la CSG pour compenser la disparition des cotisations d’assurance-chômage et de maladie acquittées par les salariés. Pour les soutiens d’En Marche !, cela permettrait d’augmenter le salaire net des travailleurs et donc de redonner du pouvoir d’achat. Les critiques d’Emmanuel Macron remarquent qu’une hausse de la CSG touchera aussi les retraités, même si le candidat promet que 40 % d’entre eux ne seront pas concernés.

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