Le Livret A.
Le Livret A. - MEIGNEUX/SIPA

ARGENT La destination de l’argent est souvent méconnue….

Les Français savent-ils vraiment où va leur épargne ? Un sondage Opinion Way pour Robin’Finance, publié la semaine dernière, apporte quelques éléments de réponse. Selon cette enquête, 80 % des répondants estiment que l’épargne sert d’abord à financer l’activité des banques (fonctionnement, développement, investissement), et 69 % pensent qu’elle alimente la spéculation financière.

Ces croyances sont-elles justifiées ? Pour le savoir, 20 Minutes a disséqué les principales catégories d’épargne pour vous expliquer où va votre argent. Et ce alors que selon l’enquête, 85 % des Français trouvent que les banques manquent de transparence dans la gestion de ces fonds. Ceux-ci représentaient fin 2015 près de 4.460 milliards d’euros selon l’Observatoire de l’épargne réglementée.

Livrets réglementés : livret A, livret d’épargne populaire (LEP), livret de développement durable (LDD). En 2015, les réseaux bancaires ont collecté 403 milliards d’euros d’épargne sur ces trois livrets. Près de 60 % du total (238 milliards d’euros) est reversé à la Caisse des dépôts et consignation (CDC). Cette dernière utilise la grande majorité des sommes perçues (75 %) pour financer le logement social, la politique de la ville et les investissements dans les territoires :  une étude menée en 2015 par le laboratoire techniques, territoires et sociétés (Latts) de l’université Paris-Est-Marne-la-Vallée montrait que 85 % de l’épargne collectée dans un département donné était réutilisée dans le même territoire. On est donc loin de la spéculation financière pour cette partie de l’épargne.

Et l’épargne réglementée gérée par les banques, que devient-elle ? Depuis 2008, la loi de modernisation de l’économie leur impose de financer les petites et moyennes entreprises ainsi que les travaux d’énergie. Bref, d’investir, là encore, dans l’économie locale. A signaler qu’il n’y a aucun frais sur le livret A pour l’épargnant : la banque perçoit seulement une commission sur le montant qu’elle reverse à la CDC.

Assurances-vie (fonds en euros). Ces fonds, qui représentent un tiers de l’épargne financière des Français, contiennent – pour la plupart - une garantie en capital, ce qui fait qu’il est impossible de perdre sa mise de départ. Signe que les épargnants recherchent la sécurité, ces contrats représentent 80 % des 1.650 milliards versés dans l’assurance-vie. Des frais de gestion variables sont appliqués par les banques sur ce type de produits.

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L’argent des épargnants est ensuite investi massivement dans les obligations, « qui sont des emprunts souscrits par les entreprises ou les Etats » explique Luc Arrondel, directeur de recherche au CNRS et chercheur à l’Ecole d’Economie de Paris. Pour autant, attention à la confusion : « Les gestionnaires d’assurance-vie achètent souvent des obligations qui sont déjà sur le marché, explique Serge Maître, secrétaire général de l’ association française des usagers des banques (Afub). Autrement dit, cela va nourrir les flux financiers : si la banque achète 100.000 euros d’obligations, cette somme ne servira pas entièrement au financement des entreprises ».

Actifs « risqués » : achat direct d’actions en Bourse, organismes de placement collectif (OPC, ou fonds d’investissement), assurances vie en unités de comptes (UC). Tous ces placements sont dits « à risque » car ils n’offrent pas de garantie sur le capital : l’épargnant peut donc perdre les sommes engagées. « Cela vous rapporte plus que les autres placements si ça se passe bien, mais ce sera aussi plus risqué » note Luc Arrondel. Là aussi, les banques peuvent facturer des frais de gestion, qui sont à prendre en compte pour calculer le rendement effectif du placement.

La caractéristique commune de cette épargne est que l’argent est investi – directement par l’épargnant ou indirectement via un fonds – sur les marchés financiers (actions boursières par exemple). Signe que les Français sont plutôt prudents, ce type d’épargne ne représente que 15 % des placements des ménages en 2016, quand les Italiens y consacrent 25 %, selon une étude coréalisée par Luc Arrondel.

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Investir localement soi-même

Si l’on recherche un placement qui puisse rapporter sans alimenter la finance, vers quoi faut-il se tourner ? « Pensez à regarder autour de vous, conseille Serge Maître. Il y a peut-être une connaissance qui développe son entreprise et qui recherche des personnes pouvant lui apporter de l’argent, pour augmenter son capital. » Une manière de faire fructifier une partie de son épargne de manière très locale.

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