Soutenir un candidat à la présidentielle, un jeu dangereux pour les chefs d'entreprise?

COMMUNICATION Le patron des boulangeries Paul a déclenché une polémique en se ralliant à François Fillon…

Nicolas Raffin

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Au meeting de François Fillon, à Paris, le 9 avril 2017.

Au meeting de François Fillon, à Paris, le 9 avril 2017. — GEOFFROY VAN DER HASSELT / AFP

Francis Holder est un PDG qui s’engage. Dans une vidéo diffusée samedi sur le compte Twitter des Républicains, le fondateur des enseignes Paul – et par ailleurs propriétaire de Ladurée – se revendique comme « l’ambassadeur du personnel » pour annoncer que son vote ira à François Fillon.

C’est peu dire que cette déclaration a surpris les employés de l’entreprise, et en premier lieu les responsables syndicaux. Le délégué CFDT, Henri Fakih « n’était pas du tout au courant » comme il le confie à 20 Minutes. « Cet engagement me pose problème dans la mesure où Francis Holder ne m’a demandé mon avis, poursuit-il. Cette déclaration nous a fait du mal, on se serait bien passé de cette publicité gratuite. » Même David Holder, le fils, président de la filiale Ladurée, a tenu à faire savoir qu'il « ne s’associ[ait] en aucun cas à l’annonce politique » faite par son père. 

>> Lire aussi : Malaise dans l'entreprise et sur internet après l'annonce du patron des boulangeries Paul 

« On ne peut pas être l’ambassadeur de ses 14.000 salariés, tranche Louis Jublin, directeur associé de l’agence de communication Albera Conseil. Cela revient à faire du capitalisme patriarcal. C’est une séance de com' ratée ». Un bad buzz qui a essaimé sur les réseaux sociaux : sur Twitter, plusieurs internautes annoncent leur intention de boycotter les magasins via le hashtag #BoycottPaul.

Distinguer privé et public

Pourquoi, alors, se jeter dans la mêlée politique quand on est un chef d’entreprise ? « Le message politique peut se conjuguer avec la vision que porte l’entrepreneur », argumente Louis Jublin. Le patron peut donc trouver un relais politique efficace pour ses idées. Par ailleurs, « les chefs d’entreprise sont énormément sollicités. Tous les candidats font des levées de fonds lors des déjeuners ou des dîners avec des donateurs, qui ne s’exposent pas publiquement. Le vrai pouvoir d’influence, il se situe là », explique le communicant.

Francis Holder n’est pas le seul patron à s’être engagé. Marc Simoncini, créateur de Meetic, est ainsi l’un des soutiens d’Emmanuel Macron. Mais contrairement au patron de Paul, le fondateur du site de rencontre s’investit « à titre personnel » dans la campagne du candidat d’En Marche. « En France, les convictions religieuses et politiques sont de l’ordre du privé » note Alexandre Eyries, enseignant-chercheur en communication politique à l’université de Bourgogne. « C’est donc Marc Simoncini qui se situe dans la norme française plutôt que Francis Holder » conclut-il.

Un soutien à double-tranchant

De même, le « prestige » du patron va rejaillir, positivement ou négativement, sur le candidat soutenu. « L’avantage est certain, poursuit Alexandre Eyries. Le politique capitalise sur l’image d’un grand patron qui a réussi. Comme très souvent, les politiciens dans la tourmente se tournent vers des gagnants, donc cela peut être un avantage. » Mais attention au retour de bâton : « Les côtés négatifs du patron et de l’homme politique seront mis en lumière », constate le spécialiste, et pourront être exploités par des opposants.

« Soutenir un candidat peut être casse-gueule pour un dirigeant d’entreprise », abonde Louis Jublin. De fait, Francis Holder a déjà semé la division… dans son couple. Son épouse, Françoise Holder, cofondatrice du groupe familial, est en effet déléguée nationale du mouvement d’Emmanuel Macron. De quoi animer les conversations au moment des repas.