Présidentielle: Qui veut faire quoi avec les fonctionnaires? Les clés avant le débat de ce soir

FONCTION PUBLIQUE Les cinq candidats à la présidentielle qui débattront ce lundi soir sur TF1 ont des idées très tranchées sur le sujet…

Nicolas Raffin

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Des fonctionnaires de la Police nationale. Illustration.

Des fonctionnaires de la Police nationale. Illustration. — S. Alcalay / Sipa

Les voilà enfin réunis. Marine Le Pen, Emmanuel Macron, François Fillon, Benoît Hamon et Jean-Luc Mélenchon seront ce lundi soir sur le même plateau de télévision pour le premier débat de la présidentielle. Parmi les grands thèmes abordés, la question du « modèle économique » de la France sera sans doute l’occasion d’aborder le sujet de la fonction publique et de ses 5,4 millions d’agents répartis dans trois branches : fonction publique d’Etat, hospitalière, et territoriale.

Sur ce point, les candidats en tête dans les sondages ont des vues très éloignées, allant de la coupe franche jusqu’à l’embauche massive de nouveaux fonctionnaires. 20 Minutes fait le point pour vous aider à y voir plus clair.

Qui propose quoi à l’horizon 2022 ?

François Fillon : beaucoup moins de fonctionnaires. Le candidat de la droite a frappé fort en annonçant le non-renouvellement de 500 000 postes – soit environ 9 % des effectifs – d’ici à la fin de son quinquennat s’il arrivait au pouvoir. Cela permettrait selon lui de faire 15 milliards d’euros d’économies… à condition de ne pas augmenter dans la même proportion la rémunération des fonctionnaires restants, qui pourraient alors travailler jusqu’à 39 heures.

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Emmanuel Macron : plutôt moins. Le candidat d’En marche ! veut, lui aussi, supprimer des postes :  120 000 très exactement, dont 50 000 dans la fonction publique d’Etat et 70 000 dans la fonction publique territoriale. Parallèlement, il prévoit 10 000 recrutements de policiers et gendarmes et 12 000 embauches de professeurs des écoles pour les zones prioritaires.

Marine Le Pen : plutôt plus. La présidente du FN jouit d’une belle cote chez les fonctionnaires. D’après une enquête du Cevipof parue en février 2017, elle arrivait en tête des intentions de vote dans la fonction publique hospitalière, et juste derrière Emmanuel Macron pour les autres branches. La candidate veut recruter 15 000 gendarmes et policiers, promet « d’augmenter les effectifs de la fonction publique hospitalière », et veut revaloriser le point d’indice.

Benoît Hamon : plutôt plus. Le candidat socialiste prévoit le recrutement de 40 000 enseignants et de 5 000 policiers et gendarmes. Il s’engage lui aussi à revaloriser le point d’indice des fonctionnaires et à garantir « un panier de services publics » – sans préciser lesquels – accessible à tous en moins de trente minutes, quel que soit le lieu de résidence.

Jean-Luc Mélenchon : beaucoup plus. Le leader de La France insoumise prend le contre-pied de François Fillon en promettant la création de 200 000 postes supplémentaires dans la fonction publique. Ces recrutements massifs seraient financés via un grand emprunt de 100 milliards d’euros à la Banque centrale européenne. Il s’engage aussi à revaloriser les salaires et à titulariser tous les emplois précaires des trois fonctions publiques.

Qu’en pensent les Français ?

Un sondage Acteurs publics-EY réalisé par l’Ifop fin janvier 2017 montre que les Françaisrestent très attachés aux services publics. Les services hospitaliers (90 % se déclarent « très attachés » ou « assez attachés ») et de sécurité (85 %) recueillent un très fort soutien, tout comme l’enseignement (78 %). En revanche, la situation est plus mitigée pour les services à l’emploi (50 %).

Concernant les effectifs, 57 % des Français se disent prêts à payer plus d’impôts pour conserver des services publics de proximité partout sur le territoire. De plus, 67 % d’entre eux se déclarent opposés à la proposition phare de François Fillon, à savoir la suppression de 500 000 fonctionnaires. En revanche, 61 % sont favorables à ce que les agents de la fonction publique passent aux 39 heures.

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Plus ou moins de fonctionnaires, qu’est-ce que ça implique ?

Pour les partisans de la réduction des effectifs, l’objectif est clair : diminuer les dépenses publiques et améliorer « l’efficacité » dans les différents services. La masse salariale, tous fonctionnaires confondus, représente en effet 13 % du PIB (23 % de la dépense publique). Même Annick Girardin, la ministre de la Fonction publique, a récemment reconnu sur Public Sénat que « la France et le monde changent, et la colonne vertébrale de la République que sont les fonctionnaires doivent aussi se moderniser et changer ».

Mais les fonctionnaires ne sont pas un ensemble indivisible. Si on prend la fonction publique hospitalière (20 % des effectifs totaux), 70 % des effectifs sont composés de personnels soignants. Supprimer (ou ne pas remplacer) des postes dans ce domaine, conduirait à reporter la charge de travail sur le personnel restant. Cela peut se traduire par des regroupements de services, des mutualisations, voire des fermetures.

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Concernant la fonction publique d’Etat (FPE), 55 % des emplois sont dans le secteur de l’éducation et de la recherche, et 22 % dans la défense et l’intérieur (police, gendarmerie). Difficile donc de promettre une réduction du nombre de fonctionnaires sans couper dans ces missions… auxquelles les Français sont attachés (voir sondage ci-dessus).

Ce lundi, la FSU, deuxième organisation syndicale de la FPE, a d’ailleurs dénoncé le « fonctionnaire bashing » de plusieurs candidats. « Il faut que [les candidats] nous disent si des emplois sont supprimés, qui assure le service public, s’il est privatisé, externalisé, et qui le paie » a expliqué Bernadette Groison, présidente de la fédération.

Enfin, la fonction publique territoriale (FPT, 35 % des fonctionnaires) ne dépend pas du locataire de l’Elysée. Ce sont les exécutifs locaux (départements, régions) qui ont la main sur cette dernière catégorie. Si le prochain président veut diminuer les effectifs de la FPT, il devra compter sur le bon vouloir des élus locaux… ou leur forcer la main, en diminuant les dotations par exemple.

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