Les chauffeurs de VTC lors d'une manifestation à Porte de la Villette (Paris 19e), le 23 décembre 2016.
Les chauffeurs de VTC lors d'une manifestation à Porte de la Villette (Paris 19e), le 23 décembre 2016. - Lionel Urman/SIPA

INTERVIEW Le secrétaire général du syndicat des chauffeurs privés VTC (SCP-VTC) fait le point sur les revendications, à la veille de l'ouverture de nouvelles négociations ce mercredi avec Uber...  

Un nouveau round de négociations entre Uber et les VTC doit s’ouvrir ce mercredi après-midi à Paris. Les tarifs des chauffeurs seront au cœur des discussions. En janvier, le géant américain avait mis sur la table le principe d’une « aide transitoire » : une solution jugée insuffisante par les syndicats, qui sont revenus à la charge il y a quelques jours.

L’intersyndicale (CFDT, Capa-VTC, Actif-VTC, UDCF) demande à Uber de ramener sa commission à 20% (contre 25% actuellement), d’augmenter le prix au kilomètre parcouru et le tarif à la minute, et de relever le tarif minimum d’une course à 8 euros, contre 6 euros pour l’instant. Mais le SCP-VTC, affilié à l’Unsa, a décidé de faire bande à part. Sayah Baaroun, son secrétaire général, affirme à 20 Minutes qu’à terme, « Uber ne peut plus faire partie de la solution ».

Etes-vous confiant avant l’ouverture des négociations ce mercredi ?

Je pense que le rapport de force va être difficile à instaurer. Seule une nouvelle loi peut nous aider. La réglementation existante n’est pas suffisante. Les plateformes numériques ne possèdent aucun véhicule, mais se livrent une guerre des prix, ce qui a des conséquences sur les conditions de travail des chauffeurs.

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Résultat : on se retrouve à traverser Paris pour 10/15 euros la course. Pour mettre un terme à cela, il faut un « seuil d’unité VTC », c'est-à-dire un tarif plancher à la fois au kilomètre et à l’heure. Selon nos calculs, ce tarif s’approcherait du tarif C des taxis. Si Uber n’augmente pas ses tarifs à court terme, je pense qu’il y aura des actions, mais après la présidentielle. 

Augmenter les tarifs pourrait faire fuir les clients. Comment fait-on alors pour les impliquer ?

Je suis certain que si l’on propose une alternative à Uber, les clients nous suivront. Actuellement, nous sommes en recherche de subventions, notamment via des fondations ou l’Etat, pour  développer une application Open Source qui serait décentralisée, ce qui demande beaucoup de moyens.

Cette appli permettrait à chaque chauffeur de concurrencer les plateformes, en rejoignant un groupement local. Par exemple, les VTC de Bordeaux ou de Disneyland pourraient être réunis sur leur application. L’idée, c’est de faire sortir les intermédiaires du marché, en créant un outil numérique qui permette à chacun de gagner sa vie. A terme, Uber ne peut pas faire partie de la solution. Ce n’est plus possible de fonctionner avec un tarif unique et une application nationale.

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Pourquoi ne faites-vous pas partie de l’intersyndicale qui a formulé plusieurs demandes à Uber, il y a quelques jours ?

L’intersyndicale demande à Uber d’augmenter ses prix. Mais pour nous Uber ne peut pas décider du prix car c’est un intermédiaire. Donc, cette stratégie de dire « s’il vous plaît, augmentez les tarifs » n’est pas cohérente. Le jour où Uber sera mon égal, ce sera lorsqu’il sera inscrit au registre des transporteurs, qu’il possédera des chauffeurs et des voitures.

Comptez-vous sur la présidentielle pour faire changer les choses ?

J’ai transporté Yannick Jadot il y a quelques jours et normalement il doit faire suivre nos demandes à Benoit Hamon. On a également écrit à d’autres candidats, sans réponse pour le moment. On aurait bien aimé qu’ils réagissent avant le début des négociations pour faire pression.

Ce courrier qu’on leur a adressé, c’est justement pour les pousser à instaurer un tarif minimum pour les tâcherons (sic) du numérique. Il faut garantir que le chauffeur ou le cycliste qui travaillent ne le font pas pour des miettes.

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