Exportations de bœuf français vers la Chine: «Nous misons sur les produits de qualité»

INTERVIEW « 20 Minutes » a interrogé Guy Hermouet, président de la section bovins de l’interprofession Interbev…

Nicolas Raffin

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Guy Hermouet se montre confiant face à l'ouverture d'un nouveau marché à l'export.

Guy Hermouet se montre confiant face à l'ouverture d'un nouveau marché à l'export. — Xavier Granet – INTERBEV

En Chine, 2017 est officiellement l’année du coq, mais ce pourrait être aussi l’année du bœuf… français. La France vient en effet d’obtenir le droit d’exporter à nouveau ce type de viande vers l’Empire du milieu, après 16 ans d’embargo en raison de la crise de la « vache folle ».

Le marché chinois s’annonce prometteur : selon les statistiques du ministère canadien de l’Agriculture, « [entre 2010 et 2015], les importations chinoises de bœuf ont presque été multipliées par 15, passant de 32.858 tonnes en 2010 à 494.946 tonnes en 2015 ».

Les professionnels de la filière bovine, durement frappés par la crise depuis plusieurs années, pourraient bénéficier de cette nouvelle demande. Guy Hermouet, président de la section bovins d’Interbev (qui regroupe 21 organisations professionnelles du bétail et de la viande) décrypte les étapes à franchir et les défis à relever pour conquérir la Chine avec le bœuf français.

La levée partielle par la Chine de l’embargo « ESB » (encéphalopathie spongiforme bovine ou « vache folle ») pour le bœuf français a pris 16 ans. Pourquoi un délai aussi long ?

En 2016, après des années sans signalement, il y a eu un nouveau cas isolé d’ESB en France, dans les Ardennes, donc cela a un peu ralenti la procédure. Une fois que l’enquête a démontré que l’alimentation de l’animal n’était pas en cause, les Chinois ont accepté la levée de l’embargo.

Les éleveurs français peuvent-ils exporter du bœuf dès maintenant ?

Il faut d’abord que les autorités chinoises viennent dans les élevages et inspectent le protocole sanitaire français. Ensuite, il faudra que les gouvernements français et chinois signent un accord officiel.

Dernière étape : les entreprises qui voudront exporter devront être auditées. Concernant le temps que cela va prendre, il faut tenir compte de l’agenda politique. Peut-être que les entreprises chinoises qui font pression pour importer du bœuf français feront accélérer les choses.

La France arrive avec du retard en Chine, alors que des pays comme l’Australie ou la Nouvelle-Zélande ont déjà des parts de marché importantes dans le bœuf. Peut-on encore se faire une place ?

Nous ne sommes pas sur le même marché que les Australiens ou les Néo-Zélandais. Nous misons sur les produits de qualité. Nous n’utilisons pas d’hormones ni d’OGM. De plus, les Chinois connaissent les races et les territoires des viandes françaises, et les classes aisées de ce pays s’intéressent aussi au bien-être animal, aux conditions d’élevage. En France elles sont très différentes de celles pratiquées dans d’autres pays, notamment en Amérique du Sud.

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Avez-vous des objectifs chiffrés d’exportations ?

Il faut faire attention aux objectifs, le but c’est déjà de s’installer dans le pays. La classe moyenne chinoise se développe et veut manger autre chose que du porc : les Chinois sont passés de 3kg à 5kg de viande de bœuf consommée chaque année par personne, la Chine importe l’équivalent de la production française chaque année, les marchés sont donc importants !

Avec cette nouvelle demande à l’international, les prix de la viande ne risquent-ils pas d’augmenter en France ?

On exporte déjà 81.000 tonnes de viande bovine en Italie chaque année, 48.000 tonnes vers l’Allemagne… on peut exporter vers la Chine sans qu’il y ait de répercussions sur le marché français. Au contraire, cela permettra de tirer la filière vers le haut. De plus, certains produits qui seront exportés en Chine ne sont pas ou peu consommés en France : par exemple les os, utilisés pour faire des soupes et les produits tripiers.

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