Les sept candidats à la primaire de la gauche, le soir du premier débat diffusé le 12 janvier 2016 sur TF1.
Les sept candidats à la primaire de la gauche, le soir du premier débat diffusé le 12 janvier 2016 sur TF1. - PHILIPPE WOJAZER / POOL / AFP

ARGENT « 20 Minutes » a épluché les programmes des candidats…

Le revenu universel. C’est l’un des thèmes qui revient le plus en ce début d’année. Il faut dire que l’idée est séduisante puisqu’il s’agit de verser à chaque citoyen, sans aucune condition ni contrepartie, une allocation mensuelle lui permettant de satisfaire ses besoins primaires.

Le concept n’a rien de nouveau, mais il a retrouvé du lustre en ces temps où le travail manque et où la robotisation s’accroît. Défendu par certains experts – une forme de revenu de base est même actuellement testée en Finlande – il est critiqué par d’autres. Notamment par l’OFCE, observatoire économique plutôt classé à gauche, qui le juge « irréaliste en pratique ». Pourtant, plusieurs candidats à la primaire de la gauche le défendent. Mais que proposent-ils réellement ? 20 Minutes a fait le tour de leurs programmes.

Manuel Valls

Son idée ? L’ex-Premier ministre ne parle pas ( plus en fait) de « revenu universel », mais de « revenu décent ». D’abord parce que l’allocation qu’il envisage ne serait pas versée à tous, mais « seulement » aux personnes majeures disposant de faibles moyens. Ce revenu ne serait pas alimenté par de nouvelles ressources mais proviendrait « de la fusion des minima sociaux existants ». Pour Valls, ce qu’il faut changer, ce n’est pas l’aide aux plus démunis, mais son accès, qui doit « être aussi simple et légitime que de bénéficier d’allocations familiales lorsqu’on a des enfants ou du remboursement de ses soins lorsqu’on est malade. » Rappelons que le taux de non-recours au RSA est de 35 %.

Où est l’universalité ? S’il ne prévoit pas de revenu universel, Valls défend une « protection sociale de base » universelle : il veut aligner le régime des travailleurs indépendants sur celui des salariés.

De l’argent pour les autres ? Oui puisqu’il prévoit de « poursuivre la baisse de l’impôt sur le revenu pour les classes moyennes et populaires », mais aussi « d’augmenter la prime d’activité » ou encore de « défiscaliser les heures supplémentaires », une mesure qui avait été mise en place sous l’ère Sarkozy, avant d’être abrogée sous l’ère Hollande.

Benoît Hamon

Son idée ? Lui parle très clairement de « revenu universel ». Mais « à terme ». Dans l’immédiat, et après avoir changé plusieurs fois de cap comme le raconte Le Monde, il prévoit d’augmenter de 10 % le RSA (qui atteindrait donc 600 euros) et de verser un « revenu d’existence », au montant non précisé, « à tous les jeunes de 18 à 25 ans quel que soit leur niveau de ressources ».

Où est l’universalité ? Pour les plus de 25 ans non bénéficiaires du RSA, il faudra attendre les résultats d’une « grande conférence citoyenne » qui doit « fixer le périmètre du revenu universel (montant, financement, articulation avec les autres allocations sociales, calendrier de mise en œuvre) ». L’ensemble de la population devrait toutefois toucher 750 euros « à terme ». Mais quand ? Ce n’est pas précisé. Hamon explique cependant qu’il financera ce revenu en partie via une « taxe sur la richesse créée par les robots ».

De l’argent pour les autres ? Oui, il veut augmenter le Smic et le point d’indice de la fonction publique, sans préciser de chiffres.

Arnaud Montebourg

Son idée ? Pas de revenu universel ni décent pour Montebourg. Mais il défend dans les faits la même idée que Valls : « Simplifier l’accès aux droits pour en finir avec le non-recours ». Il estime même « nécessaire » de revaloriser les minima sociaux « sur la durée du quinquennat ».

Où est l’universalité ? Comme Valls, Montebourg prévoit l’universalité sur l’aspect protection sociale. Il veut plus précisément créer une « sécurité sociale professionnelle », qui permettrait à chacun d’accéder soit à un « travail » salarié, soit à une « activité », soit à une « formation ».

De l’argent pour les autres ? Oui, à travers une baisse de la CSG, la Contribution sociale généralisée, pour les salaires les plus faibles. C’est son deuxième engagement. « Nous aurons un gain de pouvoir d’achat de 400 à 1 200 euros par an. Pour les salariés au Smic, cela représentera un 13e mois. » Il veut aussi donner aux étudiants, sous conditions de ressources, une « allocation pour l’autonomie » dotée de 450 euros mensuels.

Vincent Peillon

Son idée ? Rien concernant le revenu universel - il ne veut pas entendre parler de ce dispositif qui, d’après lui, « encourage le chômage ». Il plaide toutefois pour la mise en place « d’ un bouclier fiscal pour les plus modestes ». Concrètement, un foyer gagnant jusqu’à 17 850 euros par an devrait s’acquitter d’une taxe d’habitation représentant au maximum 20 % de son revenu mensuel. « 17 à 18 millions de foyers fiscaux » pourraient bénéficier de cette mesure.

Où est l’universalité ? Comme Montebourg, Peillon préfère défendre le travail. Ce qu’il veut garantir (ce qu’il promet en tout cas), c’est de permettre à chacun d’accéder « à un emploi de qualité ». Peillon veut par ailleurs profiter du passage au prélèvement à la source pour rapprocher l’impôt sur le revenu de la CSG.

De l’argent pour les autres ? Oui. Il veut étendre la Garantie jeunes à 200 000 bénéficiaires à l’horizon de 2020 (contre 150 000, en théorie, en 2017). Il veut aussi créer un service public de maisons de retraite qui offrira, gratuitement ou presque, un hébergement « aux personnes âgées qui en ont besoin » et qui n’ont pas les ressources suffisantes. Il prévoit de créer 50 000 places sur le quinquennat.

Sylvia Pinel

Son idée ? Lancer un «  plan d’accès universel à un niveau de vie décent ». En résumé, elle veut elle aussi faciliter l’accès aux prestations sociales.

Où est l’universalité ? Ce qu’elle prévoit d’universel, c’est l’impôt. Elle veut remettre à plat la fiscalité actuelle pour créer « un impôt personnel, unique et progressif par la fusion de l’impôt sur le revenu, de la CSG et des cotisations sociales salariées ». C’est une idée que son parti, le PRG, défend depuis 1997.

De l’argent pour les autres ? Peut-être indirectement. Elle veut que « les bénéfices de la mondialisation » pour l’heure « largement accaparés par la grande distribution, les compagnies pétrolières et la litanie des intermédiaires » profitent davantage à tous les citoyens. Notamment en favorisant la « transparence des prix » et en instaurant « un contrôle des marges ».

Jean-Luc Bennahmias

Son idée ? Comme Hamon, il évoque clairement le revenu universel. Son montant serait de 800 euros et « son financement sera notamment constitué par le montant des centaines de dispositifs disparates, souvent devenus si difficiles à distribuer correctement qu’ils en sont devenus inefficaces. Et aussi par l’économie faite sur les énormes dispositifs administratifs nécessaires pour gérer ces dispositifs, qui pourront être redéployés à des activités plus utiles pour la collectivité ».

Où est l’universalité ? Dans le fait de distribuer ce revenu à chacun. Mais il donne peu de détail sur le calendrier de cette mesure. Par ailleurs, il veut lui aussi créer une sécurité sociale professionnelle qui « absorbera, tout à la fois le système d’indemnisation du chômage et les dispositifs de la formation permanente ».

De l’argent pour les autres ? Il promet déjà 800 euros pour tous, sans préciser quand, ce qui explique sans doute pourquoi dans son programme, il n’avance aucune mesure visant à donner un coup de pouce au pouvoir d’achat. Il ne traite pas non plus de fiscalité.

François de Rugy

Son idée ? Il ne défend ni le revenu universel, ni l’accès facilité aux actuelles prestations sociales. Mais il propose de supprimer, progressivement sur cinq ans, « les cotisations des entreprises alimentant la branche famille de la sécurité sociale ». « La moitié des sommes ainsi récupérées par les entreprises bénéficiera aux salariés, via une augmentation de leur salaire net. L’autre partie contribuera à un allégement de la masse salariale des entreprises ». Et pour financer la branche famille, il propose d’augmenter la CSG, sauf pour les chômeurs et les petites retraites. « Pour les salariés, il s’agira, compte tenu de l’augmentation de leur salaire net, d’une opération positive », affirme-t-il.

Où est l’universalité ? Comme Valls et Montebourg, il veut que l’universalité porte sur la protection sociale et propose que les travailleurs indépendants bénéficient du même régime que les salariés. « Le RSI se verra ainsi totalement intégré au régime général selon le principe d’une couverture égale à cotisations égales », précise-t-il.

De l’argent pour les autres ? De manière indirecte, et pour les salariés. Comme les employeurs publics n’auraient plus à payer les cotisations familiales, de Rugy prévoit que ces sommes économisées soient reversées à l’Unédic, « ce qui permettra de réduire les cotisations chômage versées par les entreprises et les salariés du secteur privé, à niveau de protection constant pour les personnes privées d’emploi ».

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