VIDEO. Inégalités salariales: Les propos de Christophe Barbier sont «le syndrome d’une méconnaissance totale»

DISCRIMINATIONS L’éditorialiste de L’Express a provoqué un tollé en jugeant l’égalité salariale « peu réaliste », entraînant pour les entreprises un « surcoût de main-d’œuvre »...

Helene Sergent

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Christophe Barbier, directeur des rédactions à l'Express fait l'objet d'une motion de défiance de la part des journalistes.

Christophe Barbier, directeur des rédactions à l'Express fait l'objet d'une motion de défiance de la part des journalistes. — PJB/SIPA

« Mélenchon : Nouveau patron à gauche ». Voilà l’intitulé de l’émission quotidienne « C dans l’air » diffusée sur France 5 ce lundi 9 janvier. Sur le plateau, l’éditorialiste de L’Express, Christophe Barbier, tance l’une des propositions du candidat à l’élection présidentielle portant sur l’égalité salariale hommes femmes pour financer la retraite à 60 ans.

Selon lui, augmenter les salaires des femmes engendrerait « un surcoût » obligeant « les entreprises à licencier » : « Tout le monde va applaudir, mais les entreprises vont avoir beaucoup de mal à encaisser ce surcoût de main-d’œuvre », ajoute l’ancien directeur de la rédaction de l’hebdo.

Ces propos, qui n’ont suscité sur le plateau aucune réaction de la part des autres commentateurs, ont donné lieu, depuis, à une vive polémique sur les réseaux sociaux. Interpellé par l’écologiste Cécile Duflot, la ministre des Droits des femmes Laurence Rossignol ou l’ancienne patronne des patrons, Laurence Parisot, l’éditorialiste a réaffirmé son argumentaire sur son compte Twitter et dans un nouvel édito publié mardi soir sur le site de L’Express.

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Les inégalités, ça coûte combien ?

Payer les femmes comme les hommes entraîneraient donc un surcoût pour les entreprises ? Selon le rapport publié en septembre dernier sur le coût des discriminations par France Stratégie, organisme rattaché au Premier ministre, une autre grille d’analyse économique existe. Si les femmes bénéficiaient d’un taux d’emploi et d’un salaire égal à leurs homologues masculins, le PIB de la France pourrait augmenter de 6,9 %. Autrement dit, cela permettrait de rapporter 150 milliards d’euros et de doper les recettes publiques de 2 %.  Recettes publiques qui participent notamment au financement des régimes spéciaux. En 2014, seules 46,9 % des femmes occupaient un emploi contre 55 % pour les hommes en France. Elles étaient en revanche surreprésentées dans l’emploi à temps partiel (30 % des femmes contre 7,2 % des hommes).

Pour Brigitte Grésy, secrétaire générale du Conseil supérieur de l’égalité professionnelle entre les femmes et les hommes, l’analyse de Christophe Barbier est le « symptôme d’une très grande méconnaissance sur l’écart salarial » : « Il existe un très grand nombre de facteurs à l’origine de ces inégalités, la prédominance du temps partiel, les effets de secteurs et de statut, le fait que les femmes soient plus présentes dans les métiers les moins rémunérateurs, qu’elles aient des carrières plus morcelées. » Augmenter « seulement les bas salaires », comme le préconise l’éditorialiste, ne suffirait pas pour corriger le problème.

Et que dit la loi ?

Au lendemain de la diffusion de l’émission, plusieurs voix se sont élevées pour signifier à Christophe Barbier que l’égalité salariale n’était ni « utopiste » ni « jolie », comme qualifiée sur France 5, mais surtout bel et bien inscrite dans la loi. Et cela ne date pas d’hier. Il faut remonter en 1972 et à la loi du 22 décembre pour voir le principe de l’égale rémunération des femmes et des hommes inscrit dans le droit français. Depuis la législation a évolué. En décembre 2012, un décret renforce le dispositif de pénalité sur les entreprises qui ne respectent pas leurs obligations en matière d’égalité professionnelle.

Une importance de taille pour Pascale Petit, maîtresse de conférences en sciences économiques à l’université Paris-Est Marne-la-Vallée, spécialisée sur les discriminations : « La loi impose cette égalité de salaire. A travail de valeur égal, salaire égal. Ça fait 40 ans que les entreprises doivent suivre cette ligne-là, donc il n’est pas question de changer de dogme du jour au lendemain. L’argumentaire de Christophe Barbier est terriblement court-termiste. »

Une forte tolérance au sexisme 

Au-delà d’une vision économique tronquée et d’une négligence du droit, cette séquence est également le syndrome d’une tolérance accrue à l’égard de propos sexistes. « Si Christophe Barbier avait exposé la même argumentation économique concernant une minorité sexuelle ou religieuse, il aurait été immédiatement viré du plateau et des médias. Aujourd’hui, il existe une tolérance au sexisme sans commune mesure avec le racisme et l’homophobie », avance Brigitte Grésy.

Un point de vue partagé par Pascale Petit : « Aujourd’hui encore la question du droit des femmes fait sourire. S’interroger encore sur l’utilité et le coût de la diminution des inégalités de salaires entre les hommes et les femmes au lieu de réfléchir aux moyens pour la mettre en place, c’est une régression terrible. »