Myriam El Khomri, la ministre du Travail.
Myriam El Khomri, la ministre du Travail. - PDN/SIPA

INTERVIEW La ministre du Travail détaille pour « 20 Minutes » le Compte personnel d’activité, qu’elle qualifie de « nouveau modèle social »…

Ça y est : le CPA, acronyme du Compte personnel d’activité, entre en scène. Ce dispositif, présenté comme « la réforme la plus importante du quinquennat » par le président Hollande, regroupe divers droits pour les actifs, dont ceux à la formation. Myriam El Khomri, ministre du Travail, lance officiellement ce nouvel outil ce jeudi et le détaille pour 20 Minutes.

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Vous lancez aujourd’hui le CPA. Il est présenté par l’exécutif comme LA réforme sociale du mandat Hollande et vous, comment le résumez-vous ?

L’ambition est considérable : le Compte personnel d’activité que nous lançons aujourd’hui avec Bernard Cazeneuve, le Premier ministre, donne à toute personne âgée de 16 ans et plus les moyens de renforcer ses compétences, de changer de voie professionnelle, de rebondir en cas de difficultés… Bref, de maîtriser son parcours professionnel. Avec le CPA, nous avons créé un nouveau modèle, à la fois universel – l’accès à la formation est désormais accessible à tous, salariés du privé et du public mais aussi travailleurs indépendants – et portable – les droits sont dorénavant rattachés à la personne et la suivent jusqu’à la fin de sa vie. Ainsi, un travailleur qui change d’entreprise ne perdra plus ses droits à la formation, qui sont de plus rechargeables. En résumé, le CPA est une nouvelle conception de notre modèle social qui consiste à donner davantage d’autonomie aux personnes dans leur rapport au travail.

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Les organisations syndicales et certains candidats à la primaire socialiste estiment que le CPA ne va pas assez loin. Est-ce également votre avis ?

Au contraire, ce que nous proposons, avec le CPA, pour la première fois, c’est un droit universel à la formation : chaque individu a désormais un accès autonome à toute une série de prestations utiles – des formations qualifiantes, des accompagnements à la validation des acquis de l’expérience (VAE), un bilan de compétence, un appui à la création d’entreprise et même, courant 2017, une aide au financement du permis de conduire. Ensuite, ce CPA est un levier de justice sociale, en donnant plus à ceux qui en ont le plus besoin. Il propose donc de doubler le nombre d’heures de formation pour les personnes sans qualification, pour accéder à un premier niveau de formation qualifiante. Au final, le CPA se veut la porte d’entrée pour que chacun mobilise ses droits, mais c’est un socle qui doit encore évoluer. Aujourd’hui, il intègre notamment le Compte pénibilité que nous avons porté avec Marisol Touraine, la ministre des Affaires sociales et de la Santé. A titre personnel, je pense que le compte épargne-temps (CET) par exemple devrait aussi être à terme intégré dans ce dispositif.

Vous visez avant tout les moins qualifiés. Mais êtes-vous sûre que ces personnes vont bien ouvrir leur CPA sur Internet pour faire valoir leurs droits ?

Mes équipes et moi-même avons beaucoup échangé avec les acteurs de l’emploi que sont notamment les missions locales et Cap emploi. Ils diffuseront bien évidemment cette information auprès des publics qu’ils accompagnent déjà chaque jour. De plus, le portail du CPA précise, pour chaque rubrique, qu’un accompagnement humain est possible et détaille selon les situations auprès de qui la personne peut concrètement se tourner. Le numérique ne remplace pas l’humain.

L’Institut Montaigne affirme que le CPA est « massivement sous-financé », notamment pour le compte formation. Et effectivement, avec un budget de 1,3 milliard d’euros, il est concrètement impossible que tous les actifs puissent réellement faire valoir leurs « droits » à la formation…

Tout d’abord, le CPA est bien doté des ressources suffisantes pour que les nouveaux droits prévus soient pleinement financés en 2017 et en 2018. Au-delà de 2018, le doublement des heures de formation pour les personnes sans qualification entraînera un surcoût de 400 millions d’euros. Il faudra alors redéployer les fonds de la formation professionnelle, qui s’élèvent à 31,6 milliards d’euros et qui profitent pour l’instant surtout aux plus qualifiés. Ensuite, l’Institut Montaigne, présidé par un proche de François Fillon, a bien sûr le droit de se montrer critique. Mais il est dommage que, contrairement à Terra Nova ou à la Fondation Jean-Jaurès par exemple, ce cercle de réflexion n’ait pas répondu à notre invitation à participer au débat public lorsque la réforme était en cours d’élaboration.

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