Le protectionnisme de Trump fait-il vraiment revenir des emplois aux Etats-Unis?

ETATS-UNIS Le président élu se félicite de la décision de Ford d'annuler la construction d'une usine au Mexique, mais a-t-il raison...

P.B. avec AFP

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Des employés de Ford dans le Michigan réagissent à l'annonce d'un investissement de 700 millions de dollars aux Etats-Unis.

Des employés de Ford dans le Michigan réagissent à l'annonce d'un investissement de 700 millions de dollars aux Etats-Unis. — Carlos Osorio/AP/SIPA

La tactique est assez simple : attaquer publiquement une entreprise sur Twitter, puis, quand elle change d’avis sur un projet de délocalisation, crier victoire. Encore une fois avec la décision de Ford d’abandonner la construction d’une usine au Mexique, Donald Trump s’est attribué les mérites de ce succès, mardi. C’est un joli coup de comm', mais dans la pratique, c’est plus compliqué.

Ford renonce donc à construire une usine de 1,6 milliard de dollars au Mexique. A la place, l’entreprise investira un peu moins de la moitié de cette somme, 700 millions de dollars, dans ses installations du Michigan, pour fabriquer des véhicules autonomes et électriques. Dans la foulée, le président élu a retweeté un message de son directeur des réseaux sociaux disant : « Ford annule ses projets mexicains, va investir dans le Michigan grâce à la politique de Trump. »

700 emplois créés, la délocalisation de la Focus confirmée

« C’est littéralement un vote de confiance sur certaines des mesures pro-croissance qu’il a mises en avant », a déclaré le PDG de Ford, Mark Fields, sur CNN, évoquant « un environnement plus positif pour l’industrie manufacturière et l’investissement ». Pour les salariés américains, cette décision est évidemment importante. Mais elle ne devrait créer que 700 emplois. Car Ford va bien construire ses petites berlines, comme la Focus, au Mexique. Simplement, il va le faire dans une usine déjà construite.

De la même façon, Donald Trump s’était réjoui de la création de 50.000 emplois aux Etats-Unis par le groupe japonais Softbank. Mais dans les faits, il s’agit pour la plupart d’emplois qui avaient été annoncés bien avant son élection. En maître de la communication, Trump s’est cependant affiché aux côtés du PDG nippon du groupe, Masayoshi Son. Au total, le Washington Post a passé au crible toutes les annonces similaires et trouve que moins de 10.000 emplois annoncés depuis le 8 novembre sont véritablement attribuables à Donald Trump. En moyenne, l’économie américaine a créé plus de 200.000 emplois par mois depuis 2015.

Un risque de hausse des prix

Mardi, Trump s’est encore attaqué à General Motors, menaçant le constructeur d’une taxe dissuasive sur ses véhicules fabriqués à l’étranger et vendus aux Etats-Unis. Séduisante sur le papier, la mesure n’est pas sans risque. « Toute augmentation de taxe douanière en Amérique du nord va affecter profondément l’industrie automobile », prévient Christopher Wilson, économiste au Woodrow Wilson International Center. Elle « va désorganiser la chaîne logistique » des constructeurs et augmenter le coût de fabrication des véhicules provoquant une perte en compétitivité, renchérit Robert Scott, du think tank Economic Policy Institute. In fine, le risque est que les voitures vont coûter plus cher pour les consommateurs américains, concluent les deux experts.

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