Laurent Bérail
Rapporteur au Conseil économique
et social.
De plus en plus d'étudiants travaillent, pourquoi ?
Depuis les années 1980, les études supérieures sont devenues plus fréquentes et plus longues. Mais le système social n'a pas suivi alors que les charges des étudiants ont augmenté, notamment le logement. Aujourd'hui, 75 % des étudiants travaillent chaque année, et 7 % à temps complet !
N'est-ce pas un handicap
pour les études ?
Au-delà de quinze heures hebdomadaires, certainement. En dessous, les études montrent que c'est un avantage. A diplôme égal, les recruteurs privilégient un candidat avec une expérience en entreprise, y compris s'il s'agit d'un job d'été. Ils la considèrent, par exemple, comme une preuve de sa capacité à travailler en équipe.
Vous dénoncez un statut ingrat, pourquoi ?
Déjà, les étudiants paient deux fois la Sécu : pour leur scolarité, puis sur leur salaire. Et en plus, ils n'ont pas les mêmes droits pour la retraite. L'entreprise prend peu en compte les compétences acquises pendant leurs études et l'université ignore leur activité. Elle se contente de les dispenser d'assiduité, plutôt que d'adapter les cours à leurs horaires (les cours du soir ont disparu), d'utiliser les nouvelles technologies et de reconnaître ce travail.
Un mi-temps chez McDo remplace un cours, selon vous ?
Nous ne préconisons pas des équivalences automatiques mais une validation des acquis au cas par cas. La fac doit valoriser l'expérience pratique, comme elle le fait pour l'engagement militant ou associatif. Certaines grandes écoles l'ont compris et ont déjà intégré dans leurs cursus une période de travail obligatoire, à un poste de non-cadre.