Alain Juppé et François Fillon
Alain Juppé et François Fillon - Pascal Fayolle et Simon Decleves/SIPA

COMPARATIF (1/7) «20 Minutes » passe au crible les propositions des deux candidats au second tour de la primaire de droite…

Leurs programmes économiques se ressemblent. François Fillon et Alain Juppé, les deux candidats encore en lice à la primaire de la droite et du centre, veulent tous deux réduire massivement les dépenses publiques et les impôts. En tout cas les prélèvements directs, car ils prévoient d’augmenter la TVA – d’un point pour Juppé, de deux pour Fillon. Mais au-delà des contribuables, que promettent-ils aux actifs ? 20 Minutes fait le point.

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Si vous travaillez dans le privé

Fillon et Juppé veulent tous deux en finir avec les 35 heures et permettre à l’entreprise de négocier directement avec ses salariés sa propre durée du travail. Pour Juppé, ce temps doit être compris entre 35 et 39 heures mais, en l’absence d’accord signé dans les deux ans, ce sont les 39 heures qui s’appliqueront. Autrement dit, seules les heures effectuées au-delà de 39 heures seraient considérées comme « supplémentaires » et permettraient donc une rémunération plus avantageuse (à l’heure actuelle :  +25 % pour les huit premières heures, puis +50 %). Fillon supprimerait lui toute référence à une durée légale. Autrement dit, les salariés pourraient travailler jusqu’à 48 heures par semaine, sans que ces heures soient davantage rémunérées – elles seraient bien sûr payées, mais au taux horaire habituel, sans bonus.

Plus généralement, les deux candidats souhaitent que les négociations se situent davantage au niveau de l’entreprise – et non au niveau national – ce qui est censé donner du poids aux syndicats. Mais, dans le même temps, ils semblent vouloir les court-circuiter, d’une part en favorisant la tenue de référendum auprès des salariés et d’autre part en jouant sur les seuils sociaux, comprenez le nombre minimum de salariés à partir duquel de nouvelles obligations apparaissent (comme la mise en place des délégués du personnel ou du CHSCT). Fillon veut relever ces seuils, Juppé les neutraliser pendant cinq ans.

Si vous envisagez de changer de travail dans les prochaines années, sachez que les deux candidats souhaitent également instaurer le CDI à droits progressifs, inspiré de ce qu’il se passe en Italie. En fait, le contrat de travail prévoirait des motifs prédéterminés de licenciement qui, en tout cas pour Fillon, pourraient évoluer dans le temps. Enfin, Fillon et Juppé prévoient tous deux de repousser l’âge légal de départ à la retraite de 62 à 65 ans.

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Si vous travaillez dans le public

Fillon et Juppé veulent tous deux réduire les dépenses publiques (de 100 milliards d’euros en cinq ans pour le premier, de 85 à 100 milliards pour le second) en ne remplaçant pas tous les départs à la retraite… Mais aussi en allongeant le temps de travail des agents, qu’ils soient fonctionnaires ou contractuels. Fillon veut les 39 heures pour tous – sans préciser si les heures supplémentaires seront entièrement payées – Juppé veut lui aussi augmenter le temps de travail mais après concertation.

Les deux candidats souhaitent retravailler les rémunérations des fonctionnaires, notamment en les modulant au mérite, et élargir les conditions permettant un licenciement (par exemple en cas de refus de déménagement). Ils veulent réintroduire la période de carence, d’un jour pour Fillon, de deux pour Juppé. Côté retraite, ils promettent tous deux d’allonger l’âge légal de départ de 62 à 65 ans et d’aligner les régimes sur ceux du privé. Juppé propose même que les fonctionnaires recrutés à partir de 2018 soient affiliés au régime général.

Ils prévoient également des mesures pour les élus : Juppé propose de réduire de moitié le nombre des parlementaires (soit -460 députés et sénateurs), Fillon, d’environ un tiers (soit -320 députés et sénateurs), mais seulement après un référendum sur la question.

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Si vous recherchez ou perdez un emploi

Ce sera difficile de le trouver dans le public, Juppé et Fillon prévoyant tous deux de réduire massivement les postes d’agents fonctionnaires et contractuels (de 300 000 pour le premier, de 500 000 pour le second). Côté privé, les deux candidats souhaitent instaurer le CDI à droits progressifs. En fait, le contrat de travail prévoirait des motifs prédéterminés de licenciement qui, en tout cas pour Fillon, pourraient évoluer dans le temps. Fillon et Juppé souhaitent surtout favoriser l’auto-entrepreneuriat, soit la création de son emploi par soi-même. Fillon envisage même de permettre aux entreprises développant de nouvelles activités « d’employer » un auto-entrepreneur sans que celui-ci ne puisse exiger une requalification de son contrat en CDI pendant trois ans.

Si vous perdez votre emploi et que vous avez suffisamment cotisé (c’est-à-dire si vous avez travaillé au moins quatre mois sur les 28 mois précédant le chômage), le montant de votre allocation ne sera plus figé : il diminuera pendant les deux ans d’indemnisation. Dès six mois pour Fillon, à partir d’un an pour Juppé. Dans les deux scénarios, les chômeurs seront davantage contrôlés et ceux qui refuseront plus de deux offres d’emploi dites « raisonnables » seront automatiquement radiés.

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Si vous entreprenez ou dirigez une entreprise

Fillon et Juppé veulent tous deux réduire massivement les cotisations sociales acquittées par les employeurs ainsi que l’impôt sur les sociétés. Fillon vise 40 milliards d’euros de baisse des prélèvements pour les entreprises et propose notamment une exonération totale des cotisations sociales pour l’embauche d’un jeune en alternance. Juppé promet de supprimer toutes les cotisations patronales pour les salariés rémunérés au niveau du Smic ainsi que des allégements dégressifs pour les salariés gagnant jusqu’à 1,8 Smic.

Ils veulent par ailleurs renforcer la négociation directement dans l’entreprise, notamment sur le temps de travail, et également agir sur les seuils sociaux. Fillon veut relever ces seuils (de 10 à 50 salariés et de 50 à 100 salariés), Juppé les « neutraliser » pendant cinq ans.

Ils promettent enfin tous deux de rendre plus attractive la rémunération du capital en réintroduisant une taxe forfaitaire modérée (20 ou 30 % selon les candidats) à la place de l’actuelle imposition à barème progressif sur les dividendes et plus-values. Juppé et Fillon souhaitent tous deux favoriser l’actionnariat salarié, y compris dans les PME. Fillon propose aussi de réduire les délais de paiement entre entreprises de 60 à 30 jours.

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Si vous êtes agriculteur

Fillon et Juppé veulent tous deux réduire la fiscalité des entreprises agricoles. Fillon explique qu’elles bénéficieront des 40 milliards de réductions qu’il prévoit pour toutes les entreprises, Juppé est un peu plus précis en promettant de « consolider les 10 points d’allégements décidés en 2015 et 2016, et en les prolongeant par un nouvel abattement ».

Tous deux souhaitent également mettre un terme à la sur-transposition des normes européennes. Autrement dit, seul le droit européen s’appliquerait, la France annulerait les mesures supplémentaires, comme actuellement l’interdiction de certains produits phytosanitaires. Fillon veut aller plus loin en supprimant le «  principe de précaution », qui oblige le législateur à prendre des mesures en cas de risque sur l’environnement, même si le dommage encouru « reste incertain en l’état des connaissances scientifiques ». Ils veulent tous deux relancer la recherche, notamment dans les OGM.

Face aux aléas climatiques, Fillon propose la création d’un compte épargne propre à chaque agriculteur, alimenté par lui et comptabilisé en tant que charge, tandis que Juppé prévoit l’instauration d’une assurance générale qui garantirait un revenu minimum. Fillon souhaite également mettre un terme aux sanctions qui frappent la Russie.

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