Le nouveau PDG du groupe Air France-KLM Jean-Marc Janaillac le 27 juillet 2016 à Paris
Le nouveau PDG du groupe Air France-KLM Jean-Marc Janaillac le 27 juillet 2016 à Paris - ERIC PIERMONT AFP

AVIATION Le PDG d'Air-France veut créer une nouvelle compagnie pour se positionner sur les longs-courrier moins chers...

On ne saura bientôt plus où donner de la tête pour dénicher des billets peu chers pour un petit week-end au Portugal. En 2017, un nouveau venu viendra grossir les rangs des compagnies low-cost Easyjet, Ryanair, Eurowings, Wow Air, Norwegian… Le PDG d’Air France-KLM Jean-Marc Janaillac a en effet présenté ce jeudi son projet de création d’une nouvelle compagnie pour des vols moyen et long courrier moins chers. Une bonne stratégie pour Air France ?

Le low-cost s’invite sur les longs courrier

Cette nouvelle compagnie, dont on ne connaît pas encore le nom, proposera des vols dès l’hiver 2017 sur le moyen-courrier et à l’été 2018 sur le long-courrier tandis que Transavia, l’actuelle compagnie low-cost du groupe va se recentrer « sur ses marchés domestiques français et néerlandais ».

« C’est une bonne nouvelle ! », assure Philippe Berland, spécialiste de l’aérien chez SIA Partners. Car le discount gagne les destinations lointaines. Eurowings, la compagnie low cost de Lufthansa, invite depuis juin ses passagers à rejoindre Boston à partir de 144,90 euros l’aller simple. Et la compagnie prévoit d’inaugurer neuf liaisons long courrier en 2017.

De même, le Groupe Dubreuil (Air Caraïbes) a lancéFrench Blue cette année. « Ce positionnement d’Air France-KLM est indispensable : la compagnie est coincée entre d’un côté les low-cost comme Easyjet et les compagnies asiatiques et du Golfe qui proposent des tarifs extrêmement bas », analyse Gérard Feldzer, consultant en aéronautique et en transports.

La nouvelle compagnie sera « la réponse aux compagnies du Golfe qui se développent à bas coûts sur des marchés clés où Air France-KLM souhaite continuer à croître » mais où ses lignes sont déficitaires, précise le groupe. Selon Jean-Marc Janaillac, arrivé à la tête du groupe Air France-KLM début juillet et aussi nommé président d’Air France mercredi : « KLM a 10 à 15 % de ses lignes long-courrier qui ne sont pas bénéficiaires, Air France beaucoup plus avec 35 % dont 10 % de lignes très lourdement déficitaires ». La future compagnie devra à la fois sauver des lignes menacées, rouvrir des lignes fermées et exploiter 30 % de nouvelles lignes. Elle disposera pour cela de 10 avions d’ici 2020.

Et maintenant, le low-cost se déploie sur les vols long-courriers

Et elle se positionnera sur des destinations business et loisirs, avec des standards comparables à ceux d’Air France en termes de qualité, ajoute Air France-KLM parlant d’un « laboratoire de la capacité d’innovation du groupe ». « L’objectif est de pouvoir offrir des prix qui soient compétitifs avec un bon rapport qualité-prix, par rapport à ceux que pratiquent nos concurrents », selon Jean-Marc Janaillac.

Renouer le dialogue social

« Si le plan semble à la hauteur des enjeux dans un marché mondial particulièrement concurrentiel, il faudra voir dans le détail sa mise en œuvre », nuance Philippe Berland. Car le PDG, arrivé en juillet, a face à lui des syndicats très remontés. En lançant une nouvelle compagnie et en baptisant ce projet « Trust together », il tente sans doute de tourner la page à des années de grogne sociale.

« Placer ce projet sous le signe de la confiance est une bonne méthode pour relancer le dialogue avec les salariés », reprend Philippe Berland. « Le PDG doit jouer sur l’innovation et offrir de l’espoir au personnel, sinon ça ne sera qu’un plan de plus, insiste Gérard Feldzer. Et il a intérêt également à rassurer ses partenaires notamment KLM, fatigué des conflits sociaux à répétition. »

Frilosité du côté des syndicats

Mais les négociations, qui vont s’ouvrir dès les prochaines semaines, s’annoncent déjà difficiles. Après la présentation du plan en détail ce jeudi, les syndicats ne semblent pas tous convaincus. La nouvelle compagnie « s’appuiera sur des pilotes d’Air France volontaires, avec des règles d’utilisation et de rémunération adaptées et un personnel navigant commercial (PNC) recruté en externe, afin de se mettre » au niveau de coûts du marché », a expliqué jeudi la direction.

L’ambition du projet semble séduire les pilotes. « Avec la perspective d’une nouvelle compagnie les pilotes ont de nouvelles perspectives de carrières : des copilotes deviendront plus rapidement commandants. Alors que pour le personnel navigant, beaucoup plus nombreux, les promotions sont plus rares », explique Gérard Feldzer, ancien pilote de la compagnie française.

En revanche, hôtesses et stewards ont clamé leur colère. « En créant une entité similaire, opérant sur un même segment de marché, à coûts moindres, notre premier concurrent sera notre nouvelle filiale », écrit le syndicat Unac. Qui n’hésite pas à parler de « mort annoncée » de la compagnie historique Air France.

Air France-KLM: La direction resserrée et c'est le PDG d'Air France qui en fait les frais

 

Mots-clés :