Le directeur financier d'EDF Thomas Piquemal le 16 février 2016
Le directeur financier d'EDF Thomas Piquemal le 16 février 2016 - JACQUES DEMARTHON AFP

CONFIDENCES Pour la première fois, Thomas Piquemal, ancien directeur financier du groupe EDF, est revenu sur les raisons de sa démission...

Pourquoi a-t-il claqué la porte d’EDF ? Depuis le 1er mars, jour de sa démission, Thomas Piquemal a toujours refusé de l’expliquer. Il a décliné toutes les demandes d’interviews. Et repoussé toutes les possibilités d’entretiens publics. Par « devoir de réserve », justifie-t-il.

Jusqu’à ce mercredi. Pour la première fois, le désormais ex-directeur financier du leader Français de l’électricité a accepté de raconter comment il en est arrivé à démissionner – ce qu’il a fait à contrecœur ou plutôt, pour reprendre ses mots, « en désespoir de cause, par désespoir tout court d’ailleurs, parce que moi, je n’avais pas du tout envie de partir d’EDF ».

Thomas Piquemal ne s’est pas confié aux médias, mais aux députés, en tout cas à ceux siégeant à la commission des Affaires économiques de l’Assemblée nationale lors d’une audition ouverte à la presse. EDF étant détenue à près de 85 % par l’Etat et les parlementaires ayant demandé à le recevoir, il lui a semblé juste de leur « rendre des comptes ».

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Ceux qui ont suivi l’affaire Piquemal le savaient déjà : l’homme est parti à cause d’Hinkley Point, ce projet de construction de deux réacteurs EPR en Angleterre dont le chantier est évalué à 18 milliards de livres (23 milliards d’euros). Mais dans quelles conditions précises s’est déroulé ce départ ? Faut-il en conclure qu’Hinkley Point devrait être abandonné ? Et surtout, d’autres raisons l’ont-elles incité à quitter le navire EDF ?

Thomas Piquemal a choisi de s’expliquer en reprenant la chronologie des événements. Fin 2013, le projet d’Hinkley Point le réjouit. Mais « tout change » en 2014 : le gouvernement britannique ne souhaite plus garantir financièrement le chantier et l’un des partenaires d’EDF dans ce projet, le Français Areva, commence à battre de l’aile.

En 2015, rien ne s’arrange. Au contraire : un nouveau retard est annoncé sur le chantier de l’EPR de Flamanville et EDF est contrainte de reprendre la division réacteurs d’Areva, désormais à l’agonie. Framboise sur le pudding : les prix de l’électricité s’effondrent.

« Mon rôle n’est pas de dire oui ou non, mais de trouver des solutions »

Le contexte est donc mauvais mais, comme le dit Piquemal : « Mon rôle en tant que directeur financier n’est pas de dire oui ou non à un projet jugé stratégique par l’entreprise, mais de trouver les solutions permettant de mener ce projet à son terme. »

Il cherche donc ces solutions. D’abord en parcourant le monde, afin de trouver de nouveaux investisseurs pour épauler EDF – il n’essuie que des refus. Puis en proposant un renforcement des fonds propres de l’entreprise et donc, un engagement financier accru de l’Etat – cela est refusé. Il plaide enfin pour un délai, « un report de trois ans », le temps de mieux consolider le projet dans les comptes. Impossible, lui rétorque Jean-Bernard Lévy, le PDG du groupe. « Il souhaitait avancer le plus vite possible », explique Piquemal.

En février 2016, le directeur financier n’a plus de solutions à proposer. Mais il dresse ce constat : « Fin 2015, EDF avait déjà investi 58 % de son patrimoine dans la technologie EPR. Avec Hinkley Point, cette part allait monter à 70 % ». Et il lâche alors cette phrase terrible : « Mais qui investirait 70 % de son patrimoine sur une technologie dont nous ne savons toujours pas si elle fonctionne ? ».

« J’aurais manqué de loyauté vis-à-vis de mon PDG »

Il étudie alors les options possibles. Alerter les administrateurs et l’Etat ? Il s’y refuse – « J’aurais manqué de loyauté vis-à-vis de mon PDG ». Suivre les ordres en se contentant de croiser les doigts pour que tout se passe bien ? Il le rejette - « Si les choses avaient mal tourné, cela aurait été une faute professionnelle. Et je ne pouvais pas cautionner une décision qui risquait un jour d’amener EDF dans la situation d’Areva ».

Il ne lui reste donc plus que la démission. Il la soumet le 1er mars. Elle est « immédiatement acceptée par Jean-Bernard Lévy », dit-il. Là s’arrête son récit : Piquemal refuse de répondre aux questions concernant l’actualité d’EDF. « Je ne suis plus son directeur financier, je n’ai donc pas de légitimité à vous la commenter », conclut-il.

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