Comment l'Arabie saoudite prépare l'après-pétrole

STRATEGIE Le royaume saoudien, qui subit de plein fouet la chute des prix de l’or noir, vient de présenter son programme de réformes…

Céline Boff

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Le prince Mohammed ben Salmane à Riyad le 25 avril 2016.

Le prince Mohammed ben Salmane à Riyad le 25 avril 2016. — FAYEZ NURELDINE AFP

S’adapter ou disparaître… L’Arabie saoudite a choisi : elle ne coulera pas avec les prix du pétrole – le baril est passé de plus de 100 dollars début 2014 à 40 dollars actuellement. Pour diminuer sa dépendance à l’or noir – il finance 70 % des revenus de l’Etat –, le royaume veut donc se réinventer.

Et c’est Mohammed ben Salmane, alias MBS, fils du roi Salman, 30 ans tout rond, qui est à la manœuvre. Il a dévoilé ce lundi son plan de réformes, présenté comme « une feuille de route » pour le développement du pays dans les 15 ans qui viennent. Ce programme vient s’ajouter à une série de mesures déjà prises depuis un an. 20 Minutes fait le point sur la stratégie de l’Arabie saoudite pour rester la première économie du monde arabe.

Privatiser des entreprises

A commencer par le géant pétrolier Aramco. L’Arabie saoudite veut céder en Bourse une petite partie de ce mastodonte, comme l’a détaillé MBS : « Nous envisageons de vendre moins de 5 % d’Aramco. La taille d’Aramco est très grande. » Effectivement : Aramco, première compagnie productrice de pétrole au monde, contrôle des réserves de plus de 261 milliards de barils et emploie plus de 61.000 personnes. D’après MBS, l’ouverture d’Aramco au capital local et étranger apportera non seulement du cash à l’Etat mais renforcera également « la transparence » dans la gestion de ce géant pétrolier. Après Aramco, « ce sera au tour des filiales d’être introduites en Bourse », a poursuivi le prince. « Nous avons tous une dépendance maladive vis-à-vis du pétrole en Arabie saoudite, ce qui est dangereux. Cela a entravé le développement de plusieurs secteurs ces dernières années. » Certains secteurs de services, comme la santé, les télécommunications et l’éducation, pourraient également être privatisés.

Créer un fonds souverain

C’est l’idée phare de MBS : créer un fonds souverain, comprenez un fonds de placements financiers détenu par l’Etat. Ce fonds sera alimenté grâce à la vente (toute partielle) d’Aramco et peut-être d’autres actifs – des cessions de terrains sont évoquées, notamment à La Mecque, ville où le foncier est parmi le plus cher au monde. En tout cas, le fonds sera doté de 2.000 milliards de dollars (1.777 milliards d’euros), ce qui en fera le plus puissant au monde, devant le fonds souverain norvégien (866 milliards de dollars). L’Arabie saoudite pourra ainsi investir dans de multiples secteurs avec un objectif : que l’investissement hors hydrocarbures devienne la première source de revenus pour le budget de l’Etat, devant le pétrole. MBS l’a dit très clairement : il veut une économie qui tire « ses revenus des investissements ».

Promouvoir les énergies non carbonées

Il y a fort à parier que le fonds souverain en cours de constitution investisse dans les énergies non carbonées, qu’elles soient renouvelables ou non. C’est en tout cas une voie déjà empruntée par l’Arabie saoudite : elle va investir 100 milliards de dollars pour construire 16 réacteurs nucléaires d’ici à 2030 et encore 100 milliards pour construire 41 gigawatts de panneaux photovoltaïques en plein désert – le royaume veut d’ailleurs devenir le n°1 mondial des énergies renouvelables. Rappelons que l’Arabie saoudite est un gros consommateur d’énergie, notamment à cause de la climatisation : un Saoudien consomme presque deux fois plus d’énergie primaire qu’un Français.

Développer le privé

Entre la corruption, les lenteurs administratives et le poids du public, pas facile d’avoir l’esprit d’entreprise en Arabie saoudite. Le pétrole a en effet permis à l’Etat de créer un très vaste secteur public, prisé des jeunes diplômés. Ces derniers préfèrent en effet opter pour la fonction publique plutôt que de candidater dans le privé. Pour le Fonds monétaire international, la priorité est donc « de dynamiser le secteur privé », une vision partagée par MBS. En tout cas, avec la crise du pétrole, le secteur public commence à perdre de son attrait : les promotions et les augmentations ont été gelées et les embauches fortement réduites. Mais les entreprises privées n’en profitent pas puisqu’elles souffrent, de leur côté, du ralentissement des dépenses d’investissement public.

Emprunter de l’argent

Il y a presque un an, l’Arabie saoudite a, pour la première fois de son histoire, émis des emprunts sur le marché national. Et elle va recommencer, et même en s’adressant cette fois-ci à des banques internationales. Elle compte leur demander pas moins de 10 milliards de dollars. Cet emprunt remboursable en cinq ans devrait être conclu à la fin avril. Cet argent servira à combler (un peu) le déficit du royaume, qui devrait atteindre 87 milliards de dollars cette année, après 98 milliards en 2015. En clair, ce déficit représente près de 15 % du PIB du pays… Quand Bruxelles tanne la France parce que le sien atteint 3,5 % de son PIB.

Augmenter les prix

Fin 2015, l’Arabie saoudite a haussé les prix des billets d’avion sur les vols intérieurs, des cigarettes, des boissons non alcoolisées. Mais surtout, le royaume a augmenté jusqu’à 80 % les prix des carburants et d’environ 70 % ceux de l’électricité et de l’eau. Ce qui n’a pas plu aux Saoudiens, qui ont vivement protesté sur Twitter. Un vent de fronde qui a poussé le roi à limoger, ce dimanche, le ministre de l’Eau et de l’Electricité et incité MBS à promettre de nouveaux tarifs qui « ne feront pas souffrir les plus pauvres ».

Créer de nouvelles taxes

L’Arabie saoudite prévoit notamment d’instaurer la TVA – un système créé en France en 1954. La TVA devrait être effective dans le royaume en 2018 et rapporter, d’après les calculs du FMI, +1,5 % au PIB du pays.

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