MONNAIE - Christine Lagarde s'inquiète alors que la BCE refuse de baisser le taux directeur, comme l'a fait la Fed…
La France risque-t-elle un «risque d'asphyxie»? C'est ce que craint la ministre de l'Economie, Christine Lagarde, alors que
l'euro a franchi vendredi la barre de 1,41 dollar. Une surévaluation de la monnaie européenne qui fait courir de grands risques aux exportations hexagonales. «Cette question sérieuse de parité doit être abordée par l'Eurogroup, avec nos partenaires», a réagi la locataire de Bercy qui, depuis Pékin, s'est au passage alarmé de la sous-évaluation du yuan, la monnaie chinoise.
La veille, Nicolas Sarkozy,
interrogé sur TF1 et France 2, avait réitéré ses critiques à l'encontre du président de la BCE, Jean-Claude Trichet, qui, lorsqu'il dirigeait la Banque de France, était déjà surnommé «l'Ayattolah du franc fort». L'Elysée ne cache pas son envie de voir le taux directeur européen être baissé alors que les menaces sur la croissance se précisent. C'est d'ailleurs ce qu'a fait la banque centrale américaine mardi en réduisant son principal taux directeur d'un demi-point de pourcentage.
La faiblesse du dollar a pour autre effet négatif de faire flamber les prix des matières premières sur lesquels se ruent les investisseurs qui peuvent les acheter à meilleur prix. Le baril de pétrole a atteint jeudi un record historique de 84,10 dollars à New York alors que l'once d'or était à son plus haut depuis 27 ans.
Un secteur industriel inquiet
Dans le secteur industriel français, ce sont le président d'EADS, Louis Gallois, et le directeur général d'Airbus, Fabrice Brégier, qui tirent la sonnette d'alarme. «A chaque fois que le dollar perd 10 cents, nous perdons 1 milliard d'euros», a expliqué le premier alors qu'Airbus paie ses coûts en euros mais vend ses avions en dollars sur le marché international. Une distorsion qui impose à Airbus de suivre l'évolution des cours «avec une très grande vigilance». Selon Fabrice Brégier, l'affaiblissement du billet vert «ne permettrait pas d'investir dans de nouveaux programmes» alors que l'entreprise suit actuellement un plan de restructuration.
Seul encouragement pour les Français : le secrétaire américain au Trésor, Henry Paulson, aurait confié lundi à Christine Lagarde qu'il souhaite un «dollar fort». Un vœu pieux?
L'euro n'est pas la seule monnaie à se renchérir par rapport au dollar américain. Le dollar canadien est passé lui aussi au-dessus du billet vert, une situation inédite depuis novembre 1976.